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Frère Jean-François Noel

 

L’intimité de quelqu’un, c’est sa manière à lui, absolument inimitable, dont il se présente à lui-même et aux autres. Elle cache et révèle dans le même mouvement. Cette révélation – car il s’agit bien d’une révélation  de l’intimité – ne peut rester un moment isolé, aussi inaugural soit-il. Or ce qui fait défaut actuellement, c’est que l’homme ne trouve plus les moyens de se retrouver, d’entretenir ces colloques de soi à soi, garantie de son intimité. Je discernerai ici une première folie, une sorte de barbarie silencieuse, qui fait de cet homme déboussolé, incapable de s'ancrer en lui-même, un papillon fou qui volerait de leurre en leurre, et se cognerait à la vitre incapable de se retrouver.

Ce qu’il faut chercher à deviner, c’est la résistance qu’éprouve l’homme à revenir en lui-même, et qui l’a poussé à fabriquer ce symptôme de fuite et d’évitement de soi. La position du psychanalyste qui consiste à réprimer l'envie de guérir le symptôme,  pour d’abord l’entendre et donc ensuite le déchiffrer, va nous être utile ici. Un symptôme est d'abord un message. Il affirme qu'il n'est pas si facile de rentrer à l’intérieur de soi-même. Tentons une sorte de radioscopie de ce voyage en notre intimité.

Au commencement, il y a le respect, comme l'écrivait Maurice Bellet, le respect de soi comme celui des autres. L’envie de se respecter peut ne pas venir spontanément, mais elle s’impose au moment où l’impuissance,  dans laquelle je me suis enfermé, me devient insupportable. Plutôt que me contenter de dire, par exemple : « Qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu ? », ce qui revient à dire qu’il n’y a rien à faire,  j'opère un retournement radical – en raison du juste désir de me respecter – et je me renvoie simplement la question : « Qu'est-ce que je peux faire, penser ou dire pour me sortir de là ? ».  Ce petit renversement est la clef qui ouvre au colloque de soi à soi, il en est la convocation. Cette révolution intérieure est l'abandon provisoire d'espérer en l'intervention magique de Dieu, de la providence, ou de la vie. Il s'agit ici de lâcher prise sur cette attente crispée de « Dieu ou rien ». Attente qui ressemble plus ou moins à un chantage qui ne dirait pas son nom. Je désigne ici une deuxième folie qui empêche l'inventivité divine, et donc celle de la vie de se déployer.

Mais revenons à notre voyage.

Une remarque préliminaire s’impose ici. Une chose tant de fois constatée dans le cadre d'une thérapie et qui m'étonne et m'émerveille à la fois. Comment une personne sait-elle avec autant de certitude qu'elle se ment à elle-même, qu'elle n'est pas dans sa vérité ? Nous reconnaissons notre vérité. Comme l’aimant de la boussole, il nous permet de reprendre le bon cap et de déjouer la trahison. Ce qui est vrai dans la plupart des cas, mais parfois ne suffit pas. Si notre conscience – la fameuse attention intérieure – ne nous alerte pas, c'est notre inconscient qui le fera à sa place en nous envoyant des symptômes, souffrances psychiques ou somatiques, qui nous alertent que l'écart entre ce que nous vivons et ce que nous sommes est désormais critique, et que nous risquons une sorte d'implosion interne. Instinct de survie du psychique qui crie son écartèlement. Ceux qui ne peuvent pas entendre cet appel ou qui y résistent de toute leur force risquent une vraie folie, bien plus grave que la précédente. La troisième folie ici repérée consisterait à vouloir rester sourd à tout appel intérieur.

Toute personne qui descend en soi-même doit passer par ce que je vais appeler la zone grise, zone de turbulence. Là encore, le savoir-faire du thérapeute et du confesseur, comme celui du père spirituel se rejoignent. C'est seulement après cette traversée que leurs manières de procéder vont prendre des chemins radicalement différents. Le premier, le psychanalyste, va continuer à proposer une association libre – hors de tout jugement moral – de tout ce qui vient à l'esprit, et surtout de ce qui paraît le plus désagréable, ce qui nous met sur la piste de l'identité de la fameuse zone grise. Le deuxième, le confesseur, va demander un aveu humble, et une sincère contrition sous le regard de Dieu, afin que la faute réellement pesée dans toutes ses conséquences, fasse l'objet non pas d'une magnanimité divine, mais d'une vraie miséricorde. Le troisième cherchera davantage à sonder la relation avec Dieu, à identifier la manière propre et originale avec laquelle Dieu s'ajuste à l'homme et comment ce dernier va se laisser apprivoiser. Mais tous trois doivent d’abord aider à traverser la zone grise, qui, nous l'avons deviné, est celle de la culpabilité. Nous sommes ainsi faits que nous devons répondre à l'égard de nous-mêmes et des autres de tout un jeu d'obligations, jeu si complexe qu'il est quasi impossible d’être en plein accord  avec que nous nous sommes donnés à être ou à faire. L’échec fait partie intégrante de notre vie intérieure, pour quiconque se pose la question, évidemment. Cette négociation permanente n'est pas  une erreur de parcours. Elle en est la trame. A moins d'avoir choisi la voie de la perversion, nous sommes tous minés par des regrets, comme par exemple : « Je n'aurais pas dû dire cela ? Mais pourquoi donc me suis-je laissé faire ? Je ne me le pardonnerai jamais ! Qu'est-ce qui m'a pris ? ». Les racines de la culpabilité sont plus profondes que l’on croit, et pour une part inconscientes. Une terrible interrogation  hante notre esprit et  nous saisit dans cette fameuse zone grise : « Que vaut ma vie ? Qu’en ai-je fait ? Qui est-ce qui peut la valider ? De qui dois-je attendre que puisse être confirmé qu’il est bon que ma vie existe, de moi, de Dieu ou des autres ? ».  La question est si grave et si troublante que je ne peux, seul, explorer cette zone. Quelqu'un doit m'accompagner dans le méandre de ces questions qui touchent au fondement de ma vie. C'est là que se situerait la quatrième folie, qui serait de me retrouver désespérément seul face à moi-même. Et l’homme contemporain a bien deviné qu’il ne pourrait pas s’y tenir seul. D’où la réticence, voire la répulsion à s’aventurer seul dans ces contrées énigmatiques et angoissantes où vont se poser des questions qu’il n’a pas la force d’affronter. Il a peut-être oublié Dieu, mais une chose reste présente à son esprit,  à savoir qu’il ne peut fonder sa vie par lui-même. A moins d’être fou. Et ce sera la dernière des folies que nous épinglerons au sujet de cet homme à qui on avait fait miroiter une libération de l’oppression du religieux, et qui s’est retrouvé si nu et si fragile.

 

Idées clés développées :

1.Entendre le symptôme, la vraie question. La mauvaise réponse n’invalide pas la vraie question

2.« J’en ai assez de vivre cette vie qui n’est pas la mienne » - on ne peut se trahir indéfiniment, fuir indéfiniment.

3.Des lieux/ moments  pour rentrer en soi-même, pas facile mais les moments les plus beaux de la vie !

4.Pour rentrer en soi-même, il faut traverser la zone du turbulence !

5.En moi-même, la rencontre avec Celui qui nous précède

6.Le problème de notre temps : « je n’ai pas confiance en moi » - La confiance en soi est un exercice, un muscle qui se travaille !

7.Depuis que j’existe, je ne peux plus ne plus être ! Je suis absolumment unique mais j’ai besoin que quelqu’un vienne me valider mon existence.

8.On ne valide pas son existence par ce qu’on fait, mais par le sens qu’on y donne, par la réponse qu’on donne à l’appel de la vie pour nous, en vérité.

9.Ce qui me donne confiance en moi c’est que quelqu’un vienne valider mon existence

10. Le travail sur soi même ça consiste à reconstruire en soi une estime bienveillante de soi

11.On ne peut pas changer l’autre. On ne peut changer que soi-même !

12.L’autre (mon ami, mon conjoint, Dieu) me permet par sa présence de devenir ce que je suis. C’est ça la construction de l’estime

13.Se délivrer de la culpabilité

14.La recherche de soi

15.L’écoute active : pas tout écouter, et pas trop parler sinon on c’est notre angoisse qu’on transmet

16. Toucher à l’intimité de l’autre, à son mystère, vouloir saisir ce en quoi il est vivant 

17.« Tu es capable de…. »  - c’est ça, plutôt que des belles paroles, qui mettent en route. Donner à l’autre la capacité de prendre la décision.

18.La blessure ne se guérit pas, elle se convertit en vocation. Faire de ses blessures une histoire au service de l’autre : il y a une parenté entre ce que nous souffrons et ce que nous pouvons donner.

Cycle de conférences sur l’Homme : sens, sexualité, développement


« Trouver ma place sur terre : le développement de la personne »

Mardi 03 décembre 2014– P. Jean-François Noël–

 

1.Entendre le symptôme, la vraie question. La mauvaise réponse n’invalide pas la vraie question

Je suis curé de paroisse à Istre, dans la Camargue c’est entre les usines et les moustiques près d’etemberg, une paroisse ouvrière. Paroisse plutôt populaire mais pas seulement. Y a deux ans dans un mariage, j’étais à l’entrée de l’église pour attendre les mariés. On attendait le papa de la marié qui n’arrivait pas… il a fini par arriver, au bras d’une fille de l’âge de la mariée…. Vous avez suivi ? donc c’était je vous raconte la fin car c’était quand même spectaculaire,  la belle mère est tombée dans les pommes, la fille est tombée en larmes… bonjour l’ambiance très série télé.  J’ai demandé à ce monsieur, qui est un brave crétin, de ne pas rentrer avec cette femme. Il a fini  par rentrer au bras de sa fille. Le mariage était un peu tendu.

Dans mon cabinet (j’ai un cabinet depuis 20 ans), j’entends deux choses : ces crises (j’ai 60 ans) qu’on a souvent attribué au démon de midi. Ces crises arrivent plus fréquemment qu’avant, ce qui explique beaucoup de divorces, de séparation, de départ brutaux…
Là ce monsieur en entrant dans l’église avait dit « c’est le moment ou jamais de leur dire »
Quand on est psychanalyse on est pas dans le jugement, on doit essayer d’entendre le symptôme, pour voir un peu. Y a un vrai symptôme

Jamais confondre réponse qu’on donne au symptôme et la vraie question

Une mauvaise réponse n’invalide pas la vraie question.  il y a toujours une vraie question à aller chercher. La vrai réponse n’est pas forcémment la première réponse qui me vient lors d’une question. mais y a une vraie question, et il faut s’interroger.

En tant que psychanalyse j’entends toujours le symptôme. Il y a toujours une vraie question à aller chercher. Ne pas toujours prendre pour acquis la première réponse qui me vient, mais entendre la question.

2.« J’en ai assez de vivre cette vie qui n’est pas la mienne » - on ne peut se trahir indéfiniment, fuir indéfiniment.

Beaucoup partent brutalement disant « j’en ai assez de vivre cette vie qui n’est pas la mienne ».

Des personnes à un moment de leur vie sentent le besoin de respecter.

Il y a un nouveau symptôme « le déclin de la religion s’est transformé en difficulté d’être soi » (marcel gaucher). il y a une nouvelle réalité, surtout en occident, d’être soi. Etre soi ça suppose autant nous acceptons que notre corps subit des métamorphoses autant notre psychisme fonctionne par métamorphose et par crise, par transformation. Et on doit passer des métamorphoses.

On ne peut pas se trahir indéfiniment. Il y a comme une pesanteur qui fait qu’on ne peut aller que vers soi même, on ne peut pas faire autrement, sinon on devient des « faux self » : personnalité creuses. Des gens qui ont épousé des personnalités, imité des personnalités qui ne sont pas les leurs. On ne peut pas aller ailleurs que vers soi même, le problème est de savoir comment on y va.

3.Des lieux/ moments  pour rentrer en soi-même, pas facile mais les moments les plus beaux de la vie !

Vous allez voir, les religions ont inventé des lieux d’interrogation. Au début de la messe dans ma paroisse, j’aime beaucoup le moment, généralement après la première lecture (où tout le monde se réveille à « parole du seigneur » à ce moment là « réaction hormonale et instinctive ») : il y  a un moment de clapet, moment où les gens vont rentrer en eux même. C’est le plus beau moment de la vie, où on va aller à l’intérieur de soi-même.

 Il y a un très beau passage dans la parabole des deux fils dont l’enfant prodigue.  L’enfant prodigue a dilapidé sa fortune, face à la nourriture des cochons… « rentrant alors en lui-même il se dit » , et il se lève et va vers le père. Il y a comme un appui intérieur à partir duquel on va se remettre en route, on va trouver une meilleure réponse à la question. La première question pour lui c’est qu’il a faim, pas qu’il veut être spirituel. Rentrant en lui-même…c’est le moment de cette descente en soi que souvent on ne fait pas si facilement que ça, il faut être pressé par une faim, une blessure, une souffrance pour avoir envie d’aller en soi-même. Mais c’est pas si facile d’aller en soi même. C’est pour ça que l’église catholique a inventé des lieux (sur le plan psychologique) où on est obligé d’y aller collectivement, où c’est plus facile d’y aller que tout seul. Tout seul on aura vite mille distractions : les écrans, …L’homme saturé d’image a peut-être empêché l’homme se prendre un temps qui passe toujours par un petit moment d’ennui.

Autre petite histoire : en paroisse toujours, à la messe au premier rang, j’ai une belle église, toute moderne, 400 personnes. Une petite fille de 5 ans me regarde fixement pendant la messe, pendant 1h15-1h30. Je crois qu’elle est jamais venue et elle interloquée. Elle vient à la fin et me dit « je peux te parler ? ».  Elle me dit « c’est bien ton truc mais c’est trop long ». Ma réponse a été très pastorale, je l’ai emmenée au saint sacrement et elle a fait une prière supplémentaire. C’est intéressant qu’elle ai voulu me parler. Il s’est passé quoi chez elle ?  Les enfants sont ….spontanés maintenant ! Il s’est passé quelque chose dont elle ne peut se rendre compte à elle-même. Il s’est passé dans sa tête une expérience nouvelle chez elle mais elle n’arrive pas à mettre un mot dessus. Elle est restée, elle a regardé…elle n’est pas comme d’autres enfants qui vont et viennent, elle est restée.

4.Pour rentrer en soi-même, il faut traverser la zone du turbulence !

Troisième histoire : c’est pour vous donner un peu le cadre de la difficulté de l’homme à aller à l’intérieur de lui. Si on ne réagit pas, on va en crever. C’est pour ça que l’Eglise à inventé l’examen de conscience, la confession, l’oraison. Me dites pas que quand vous faites oraison, ce que vous ne faites pas d’ailleurs tous, vous ne pensez pas à «jésus, jésus,  ah faut que je me coupe les ongles », j’ai pas fait mes devoirs, ah faut que j’appelle ma mère, Jésus Christ ton amour est puissant…
Bref, on est là corps, esprit âme, c’est long de se mettre à l’écoute. Traverser cette zone que je vais parler la zone grise qu’il faut traverser pour rentrer en soi même, la zone des interrogations bêtes que je viens d’énoncer, qui sont  une manière d’ordonner progressivement sa pensée à une présence. Une présence à une présence. C’est peut-être ça l’intimité. Une présence à une présence. Mais pour ça, il faut s’accorder et trouver des moments où on va se donner l’obligation d’entrer en soi-même.

5.En moi-même, la rencontre avec Celui qui nous précède

Dernière histoire : dans ma précédente paroisse, + bourgeoise
Averti que je suis à la difficulté de rentrer à l’intérieur, j’invite les enfants, des CM1. J’aime bien les CM1,  période de latence extrêmement disponible dans le domaine intellectuel et spirituel. Dans une église romane, dans un coin clair obscur fait pour se retrouver. J’invitais les enfants répartis dans l’église à prendre un temps de silence que je ponctuais par ma voix, une grosse voix de père « tu peux rentrer en toi-même ». Je fais durer. Après avoir un peu chahuté, Le silence s’installe, et ils sont heureux de vivre cette expérience.
Un petit Louis « j’ai vécu un truc incroyable, je suis descendu par un escalier, y avait une première porte, y avait ma famille derrière elle faisait trop de bruit, je suis pas rentré, la seconde porte y avait toutes mes peurs je suis pas rentrée non plus. La troisième porte y avait personne, je suis rentré, je me suis assis, j’ai attendu ». De la pure mystique. 20 ans de sacerdoce pour en arriver à ça : un cadeau !
Pendant ce temps les catéchistes échangeaient sur la recette des spaghettis carbonara, elles n’ont pas réalisé que je vivais un moment de haute volée spirituelle !
Je l’ai raconté à un congret de psychanalystes et on m’a dit « qu’est ce que tu as dit à ces enfants ». C’est vrai que j’ai parlé d’escalier, d’oublier famille, soucis, de ne pas avoir peur. Mais la fin ! J’ai pas pu l’inventer ! D’avoir trouvé dans une expérience le résumé de l’absence et la présence de dieu, qu’on vient attendre et qui nous précède c’est le fruit de l’intériorité.
Le gamin ajoute « je peux aller jouer au foot ? », j’ai dit « oui ». Les gamins ça saute vite du mystique au football !

Au congrès de psy : « tu as fournis les images intérieures pour que l’enfant se créé une expérience que tu n’as pas pu induire, tu n’as fait que donner les conditions de l’expérience ».

Ce petit garçon a touché quelque chose d’incroyable. Un petit récit presque parabolique : il a trouvé une manière de dire et celui qui l’attend et celui qui ne trouve pas est celui qui le précède.

Je vous invite à réfléchir à ces petites folies qui ont abîmé, occulté l’accès à l’intériorité. Je me situe là pas en tant que prêtre mais en tant que psy qui fréquente l’intimité des gens qui ne trouvent pas la porte et ce sont perdus.

(Temps de partage)

6.Le problème de notre temps : « je n’ai pas confiance en moi » - La confiance en soi est un exercice, un muscle qui se travaille !

Qu’est ce qu’on va trouver à l’intérieur de soi ? Ne jamais sauter sur la réponse avant d’oxygéner son esprit par les questions qui ouvrent notre esprit. Questions d’intelligence à soi même pour travailler cette présence.
Depuis 20 ans dans mon cabinet, j’ai pas reçu des hystériques comme Freud, mais des gens abandonnés, manipulés… la plupart me disent « j’ai perdu confiance en moi, j’ai pas confiance en moi».  C’est la souffrance que j’entends le plus.  On ne peut pas avoir confiance en soi comme ça ! Deux minutes de lucidité ça ne va pas tenir ! La confiance en soi c’est un exercice, c’est comme un muscle ça s’essaye. Quand quelqu’un fait de l’escalade il faut qu’il trouve des prises, et peu à peu il va dominer sa peur du vertige. Mais la question au fond de nous ?

7.Depuis que j’existe, je ne peux plus ne plus être ! Je suis absolumment unique mais j’ai besoin que quelqu’un vienne me valider mon existence.

C’est une question étrange. Lors des baptêmes je regarde la tête des parents. 50 personnes autour d’un bambin qui fait 25cm de long. Et pourtant je suis très intéressant ! Un bruit du bébé plus personne ne m’écoute et tout le monde se penche sur le bébé et m’oublie ! Deux solutions :  ou mon narcissisme a pris un coup et je perds confiance en moi ! Pas du tout ! Pourquoi on est penché sur le bébé ? j’ai assisté à un congrès de psy ou le psychanalyste anglais au nœud papillon imitait ce que voit un bébé dans son berceau : les effluves des haleines de tous les grands parents, … c’est incroyable ce qu’on postillonne… « ça c’est ma famille, j’en ai pris pour 40 ans ! » … non c’est pas ça !

Qu’est ce qu’on regarde dans un bébé. On cherche un point de ressemblance, mais surtout on cherche à épingler la nouveauté de l’être. A la fois il a le pied du grand père, et en mêm temps  Il est ce nouveau, cet être nouveau issu de nos chairs et de nos gènes, et maintenant qu’il est là, il ne peut plus ne pas être. Une fois qu’on a été, qu’on est, on ne peut plus ne pas être. Même s’il vit 2 jours, 2 mois, le fait qu’il ai été est définitif. Quand on regarde un bébé on regarde l’énigme de la vie. A la fois l’héritage et ce quelque chose qui fait de lui une personne unique. Il ne peut plus ne plus être.  Je suis absolument unique. Et c’est une chose dont on prend progressivement conscience. Moi pour emmerder mon p’tit frère je lui disais: « c’était quand t’étais pas né ! » « mais c’est pas possible ! » pour lui qu’on ai pu vivre sans lui, c’est pas possible ! Le fait d’être est définitif. Le fait d’être attend que quelqu’un vienne valider mon existence. Le fait d’avoir une existence unique est une force et une énorme question : qui va valider la valeur de  mon existence ?

Dans ma paroisse c’est des rouges rouges ! Mon maire est passé par la prison deux fois mais il a été réélu. Le préfet a demandé « mr l’abbé pourquoi les hommes politiques du sud ressuscite toujours ? « . la prison c’est la case départ par laquelle on passe et on prend 20 000 euros au passage.

On vient me voir pour un enterrement dans une banlieu de istre (istre c’est 46000 habitants), un village, on vient me demander l’enterrement d’un monsieur. La famille dit : « par conviction religieuse et de respect de sa personne on ne voudrait pas de crucifix sur le cercueil ». « peut-être des obsèques civils » et là « ah non mon père, ça il le mérite ». Ça veut dire quoi ? inextremis on demande que quelqu’un vienne valider la valeur de son existence singulière. Question au fond de soi. Question de mon intimité. Je n’ai que ça .

8.On ne valide pas son existence par ce qu’on fait, mais par le sens qu’on y donne, par la réponse qu’on donne à l’appel de la vie pour nous, en vérité.

Quand Pierre après la résurrection n’a rien compris, il a même renié 3 fois, est parti pécher  au lac de Tibériade, et voit au fond Jésus qui a allumé le feu pour cuire le poisson de l’autre côté du rivage (de l’autre côté de la vie), il est nu dans sa barque, il remit son vêtement (toute la marque de sa lâcheté, de son courage, de sa faiblesse et son impétuosité, de sa sympathie … de sa vie… on se présente à Dieu avec sa vie, car on a que ça. Mais on ira avec ça, avec ce qu’on a vécu. C’est pauvre mais c’est quand même comme ça). Cette vie qu’on nous a donnée ne peut rester vivante que si on en fait une histoire. On ne valide pas son existence parce qu’on va faire la une des journaux, briller, faire ce qu’on veut, on va valider son existence si on en fait une histoire, si on va répondre à quelque chose, en en faisant un accord de vérité. Ceux qui ne l’auront pas fait feront une crise à 35-40-50 ans et vont faire chier tout le monde avec « maintenant je me respecte ». Alors que c’est toute la vie que nous avons à faire un chemin vers l’autre et vers soi-même, peut être que les deux sont liés. Pour valider mon existence, faut pas que je sois à un moment tellement à l’écart de moi-même qu’à un moment je me suis égaré, faut que je sois toujours en quête de ce soi, ce soi intime où je suis attendu par quelqu’un qui n’est pas encore là.
 

9.Ce qui me donne confiance en moi c’est que quelqu’un vienne valider mon existence

Je suis en attente d’une rencontre plénière dont je n’entends que les rumeurs. C’est ça la prière. J’ai accompagné y a deux ans un ami dominicain, recteur de la catho d’Angers. Mort d’un cancer à 72 ans. On a  parlé de la mort. Il me dit trois jours avant de mourir « la vie éternelle ça va être quoi ? On a tellement prêché sur la vie éternelle » « je peux pas répondre à ta place » « y a qu’une chose qui me tient, c’est de voir le Père, je veux voir le Père » c’est le mot ! je lui ai répondu : « Je suis tellement content que tu aies existé » je suis tellement fier d’avoir été son ami. C’est ça la validation de l’existence. C’était ma façon de le lâcher, de le donner. Cette phrase était comme un « ok vas-y » ! C’est ça qui donne confiance en soi, c’est ça qui valide l’existence ! Que quelqu’un me dise dans le secret de mon intimité, dans le secret de ma chair avec un partenaire, ou dans le secret de ma prière : « je suis tellement content que tu existes ». C’est ça qui donne un appui intérieur.

C’est pas d’avoir confiance par ce que je vais faire un stage de développement personnel où je vais développer mes potentialités comme on vous propose maintenant. Tous ces stages de développement personnels sont des emplâtres sur des jambes de bois, tous ces bouquins « comment réussir son couple », « comment réussir sa cuisine ». Ce qui importe c’est pas de faire des stages de développement personnel mais retrouver en soi celui en qui mon existence va trouver une validation.  La validation de l’existence un jour on la découvre dans les regards de ceux à qui on a donné quelque chose. Les propositions de développement  perso ne sont pas toujours des temps d’introspection maladives, mais il faut que ces temps aboutissent à une réponse comme l’enfant prodigue : je me dis ça, et puis ça… et je vais me lever ! il faut que le temps d’intériorisation, s’il est puissant permette un temps de réponse.

Comment ils ont fait les missionnaires quand ils sont partis en Afrique ? J’étais au Cameroon en juillet dernier, je regardais les dates d’arrivée des sœurs : 1996, morte en 2002. Ou bien ils étaient dingues et maso, ou bien ils étaient tellement sur que ce qu’ils donnaient validaient leur existence qu’ils n’avaient pas peur. C’est pas une question d’affronter la mort comme des héros parce qu’ils n’avaient pas peur. Ils creuvaient tous : de la malaria….

Le cas de Guantin, ami de Jean Paul II, c’est fait enterrer  en face du missionnaire qui lui a apporté la foi.  L’église du bénin a 70 ans, église la plus jeune du monde, il a connu les premiers mecs qui ont annoncé la foi. « je veux être enterré en face, je lui dois tout, il a validé mon existence ». la validation tient à ce que quelqu’un me reconnaisse, pour cela il faut que je m’expose à l’autre !

 

10. Le travail sur soi même ça consiste à reconstruire en soi une estime bienveillante de soi

Aime ton prochain comme toi-même
on l’entend souvent. On croit avoir compris ces phrases. Certains pensent  « fait au moins un effort pour aimer l’autre autant que tu t’aimes toi-même » ce n’est pas ça. Ce n’est pas fait un effort ! vous confondez l’inquiétude de soi et l’estime de soi. On ne peut pas estimer quelqu’un si on ne s’estime pas soi même. On a inventé dans l’église ces cathos qui aiment jésus et se détestent ! Combien de gens aiment jésus mais se déteste et derrière un manque d’estime de soi.  Il y a une équivalence entre l’estime de l’autre et l’estime de soi.

C’est ce qui manque aujourd’hui : les gens ont soucis d’eux, mais ne s’estiment pas. L’estime est une opération intérieure. Il faut revenir à soi-même pour  s’accueillir s’apprivoiser, accepter ses limites, transformer ses blessures. On ne sort pas d’une thérapie guéris, on sort avec un nouveau soi, une nouvelle estime au cœur même de la blessure. Le travail sur soi même ça consiste à reconstruire en soi une estime bienveillante de soi. Ça se mesure à ce que nous avons donné, à ce que nous pouvons donner.

11.On ne peut pas changer l’autre. On ne peut changer que soi-même !

Dernier point. Comment commencer un travail sur soi ?
Vous avez tous repéré chez l’autre ce qui ne va pas. « Tu devrais quand même un peu travailler sur toi quand même, t’es fatiguant, c’est lourd, t’es lourd ». « t’es lourd » « il devrait un peu se regarder en face ». C’est le point aveugle ! Le problème c’est que si on a pensé ça de l’autre, les autres ont pensé ça de nous ! ça commence à compliquer l’affaire ! le problème n’est pas de faire travailler l’autre ! les gens qui épouse un homme pour changer un homme, il faut trouver autre chose à faire !

On change personne, jamais ! la seule chose qu’on peut changer c’est soi même ! partout ! on peut pas changer un évêque ; le pape… nan, il est pas mal. De mon vivant c’était vraiment bien, on a vraiment que des saints !

Pourquoi c’est ce point aveugle que je vois moi ? Qu’est ce qui fait que le point aveugle de l’autre, pour quoi c’est ce point aveugle que je vois moi ? qu’est ce qui, en moi déclenche ce point. « Qu’est ce qui énerve tellement bidule chez moi ». C’est toujours de l’ordre de l’angoisse. C’est le maitre mot de nos trous, de nos dérives, de nos peurs, de nos attaques.  Faut qu’on explore ça !

Normalement les rêves, c’est le traitement des eaux usées. Vous traitez les difficultés, malentendus, c’est fait pour ça. C’est un travail de reprise de tout ce qui s’est fait dans la journée. Y a des nuits où on se réveille dispos même si on a peut dormir. Des fois c’est l’inverse. Le rêve c’est une introspection. Des fois ça ne suffit pas. Il faut prendre du temps pour s’arrêter, pour revenir et relire.

On est un lieu de composition permanente entre ce qu’on a vécu dans la journée, le présent et ce qu’on va vivre demain. Ce présent est un travail permanent de remémoration et d’espérance.  On est jamais dans le présent. Ceux qui sont dans le présent sont ceux qui perdent la mémoire

12.L’autre (mon ami, mon conjoint, Dieu) me permet par sa présence de devenir ce que je suis. C’est ça la construction de l’estime

Validation de l’existence. Estime de soi. C’est ça le but . Estime de soi pas pour soi même. Qu’est ce que je peux apporter à l’autre qui va à mes yeux et à ses yeux honorer ce que je ne sais pas encore de moi et que je deviens.  Il faut que tu inventes la vie avec ce que tu n’es pas encore ! la validation c’est de trouver son groupe, son partenaire. Dieu est le grand partenaire. Je deviens ce que je suis quand il est là. C’est ça la construction de l’estime

Quand vous avez un ami, comme Guy pour moi, je devenais vraiment ce que je devais être quand il était là. Dans la vie conjugale c’est la même chose.  

C’est pas qu’on choisit quelqu’un c’est qu’à moment à côté de ce quelqu’un je deviens celui que je reconnais que je ne suis pas encore quand il est là

Double jeu de présence. Sa présence construit mon estime en moi qui me revient en estime, etc et c’est ça l’amour du prochain.

 

Temps des questions réponses

13.Se délivrer de la culpabilité

La zone grise vient de la culpabilité de ne pas avoir soi même souvent. Dans l’église on a prévu  des culpabilités devant quelqu’un.  pouvoir déposer sa culpabilité devant quelqu’un. C’est horrible d’être coupable que devant soi-même. L’enfer c’est d’être coupable sans que personne n’entende sa culpabilité. Culpabilité qui ronge. C’est pour ça qu’à chaque célébration on commence par le pardon, demandons pardon. C’est pour ça : la culpabilité quelqu’un va la porter pour moi, il est sur la croix. Je peux pas la porter seul.  Il faut que je retraverse cette culpabilité, qu’elle soit vraie ou pas,  pour que j’aille au fond, pour le rendez vous. Mon cabinet est plus plein que mon confessionnal . Les gens ne supportent plus d’avoir des péchés ! Parce qu’ils se sont évités eux-même. La traversée de cette culpabilité dans cette zone grise : ce n’est pas possible de ne pas péché. est essentielle ! Vaut mieux un péché bien baveux que d’être mort ! un péché bien baveux trouve un pardon. Vaut mieux avoir risqué que n’avoir rien vécu ! quelqu’un qui n’a jamais risqué sa vie ?

La culpabilité. Prévue dans l’église non pas pour qu’elle soit amoindri mais porter par quelqu’un d’autre.

14.La recherche de soi

La psy… fait parfois plus de mal que de bien ?

Je ne défends pas la psychanalyse. Mais y a multe propositions de thérapie. Le principe c’est de rencontrer quelqu’un qui va pas tomber dans les pièges et être un point de vigilance devant qui je peux tout dire. Un huit clos dans lequel on rejoue une pièce dont on ne connait pas le déroulement dont l’acteur principal est celui qui travaille, l’acteur principal, qui parle en je. Osons parler en « je ».  Puis ils disent « je crois que j’ai tout dit » et c’est là que tout commence. On va se heurter à la difficulté de se présenter face à soi même et quelqu’un va nous accompagner avec bienveillance.

Les thérapies peuvent se faire dans des cadres pas très thérapeutiques.  
Je connais un prêtre qui me racontait, dans les années 35-40 son directeur de séminaire le faisait rentrer dans le séminaire et le faisait hurler. Thérapie un peu sauvage dans les séminaires mais ça marchait. Parce qu’il était timide et recroquevillé.

Quand Jésus dit à la samaritaine « va appelle ton mari et reviens ici ». Elle a eu 5 maris. Il lui dit pas « avant de continuer à parler toi et moi, je suis quand même fils de Dieu, on va mettre  les choses au point, car au niveau moral c’est un peu juste, faut qu’on mette un peu d’ordre dans ta vie conjugale ». Il dit « va » : met toi en marche, et désigne ce que tu aimes mais n’a jamais aimé et reviens ici. Avec délicatesse, il appuie avec délicatesse là où ça fait mal en lui montrant qu’il l’a dévoilée pour qu’il se dise « pétard de moine, il sait tout ! ».  Pour guérir : appuyer là où ça fait mal mais d’une certaine manière.
Dieu à Adam « Où es-tu », et pas par « qu’est ce que t’as fait !»
à Caïn qui vient de tuer son frère « où es ton frère »

Position bienveillante face à une personne qui va avouer qu’elle s’est perdue en chemin.

Il invite à aller puiser au plus profond de lui-même.

Elle s’est gourée. … au bout de 5, elle a jamais aimé ou n’a jamais été aimée. Il valide le désir de cette femme même si les réponses qu’elle a donné ne sont pas bonnes.
la mauvaise réponse n’invalide pas la question. Faut voir au-delà, creuser. Il faut aller à la racine du désir. C’est ça la vraie thérapie.
Va creuser, qui tu es, où es tu ? C’est ça la question ?

Où es-tu ? C’est ça la question. Faut traverser la zone grise. Tu es où ? à côté de tes pompes ? en toi-même ?
Faut passer du « qu’est ce que t’as fait » au « où es-tu ? »

15.L’écoute active : pas tout écouter, et pas trop parler sinon on c’est notre angoisse qu’on transmet

L’accompagnement spi et psy : les démarches sont les mêmes au début. Quand vous écoutez, il ne s’agit pas de tout écouter. Des jeunes psy que je forme notent tout… ça c’est Paris match !  L’écoute est flottante. Je m’écoute écoutant. J’écoute l’effet que me fait l’autre. Je suis habité par la présence de l’autre ; je n’écoute pas tout, je suis habité par une présence, c’est ça l’écoute.  Pas tout écouter sinon on écoute avec notre angoisse.  Quand on commence à trop parler, c’est qu’on commence à traiter notre propre angoisse. Quand je commence à expliquer, c’est que je m’ennuie. Quand j’accepte qu’il n’y ai pas d’explication  c’est que j’accueille. Ça c’est des trucs pour tout le monde. Le point d’interrogation est plus beau souvent que l’interprétation.  « putain il est intelligent le psy que j’ai choisi » : je l’ai hypnoisé mais je l’ai aussi empêché à accéder à sa vérité par son propre chemin. Je l’ai tué. Je l’ai empêché à accéder à sa vérité.

« va appelle ton mari ». tu es quelqu’un de valable : je ne confond pas ton désir et la réponse que t’as donné. Position de l’accueil de la blessure sans jugement.  Tu as du prix à mes yeux. Je reconstruis d’abord l’estime à partir de laquelle tu vas pouvoir me parler. Ça c’est valable dans le cadre des trois accompagnements.

La thérapie ce n’est pas de savoir, c’est de savoir avec quelqu’un. Je ne savais pas que je savais mais je savais. Fascination de la causalité.  Ça ne change rien de savoir.

 

Thérapie : continuer à associer
accompagnement spi : discerner ensemble

L’accompagnement spirituel : discerner : comment Dieu vous a accompagné à ce moment là.  Discernement de la relation à Dieu. Ecouter ça met un peu en danger. On se défend toujours, car quand on a une explication ça nous rassure.
Confesseur : il nous aide à savoir quelle est votre part de péché en vous

Mais la première partie c’est l’écoute. Le psy, l’accompagnateur et le confesseur doivent d’abord commencer à écouter.
Ecouter ça met un peu en danger. On préfère trouver une explication. « Ah il est malade mais moi je suis pas malade ». C’est risqué d’accepter une présence sans se laisser envahir.


16. Toucher à l’intimité de l’autre, à son mystère, vouloir saisir ce en quoi il est vivant 

à un moment on choisit celui auprès de qui je deviens celui que je peux être

C’est ça qui va me faire choisir

Les consacrés ont choisi un vis-à-vis avec une radicalité. 

Tout a une fécondité.  Rencontrer telle personne, bien répondre à telle attente, même si la rencontre ne dure que 10 min. si j’accepte que cette rencontre m’interroge et m’aide à devenir ce que je dois être.

Celui qui dit « je suis comme ça c’est à prendre ou à laisse » c’est un meurtrier
je ne suis pas fini, je suis inachevé. Mon être, ce que je suis, va vers un achèvement, vers une rencontre qui n’a pas encore eu lieu.

Il peut avoir eu lieu dans les bras de celui ou celle que j’aime.
Désir sexuel : bafouille ce qu’on cherche au-delà de. Vouloir atteindre quelque chose qu’à l’autre. Toucher à la source. Toucher à l’intimité de l’autre que je ne pourrai toucher ce pourquoi elle ou lui est vivant de cette manière. On est tellement attiré par quelqu’un qu’on a envie d’aller au cœur même de son corps, de ce qu’elle est, mais comment ça se fait qu’il est comme ça .. Au moment où on s’apprête à saisir le fruit intime, il nous échappe. C’est qu’à travers elle ou lui, c’est dieu, c’est la source, c’est la vie que nous voulons toucher.

C’est parce que la manière dont elle marche dans la rue avec ses cheveux….quelle lionne… je dis n’importe quoi, je l’ai pas vu dans la rue…
J’étais comédien avant… j’ai un peu de métier ! ;-)

Quand quelqu’un passe et qu’on est saisi érotiquement. On veut saisir en quoi il est vivant, il est unique. Si on l’aime, avec pudeur on va s’approcher  de son cœur vibrant, de cette beauté là dont il ne sait rien lui-même !

Ce qu’on donne de soi qu’on ne sait pas qu’on a qui fait qu’on a un accès à la vie

Même au moment où les corps s’approchent au plus intime : à ce moment là la communion établie pourtant s’évapore.  L’autre reste l’autre, on ne peut pas l’atteindre.

Avec ou sans cette étreinte, on cherche tous à devenir et à être accueilli. Un jour on va y aller, on va être reconnu, accueilli.

L’érotisme mène à Dieu. Jean Paul II l’a dit au début de son pontificat. Ce n’est pas mauvais tant qu’on ne veut pas capter, posséder : ça c’est le péché. Si on veut enfermer l’objet aimé pour être sûr de l’avoir pour vous.  

Préparation au mariage « dis moi que tu m’aimes » . Non ! Où est la liberté ? Tout amour mène à Dieu. Que ça soit immédiatement ou dans les bras d’un époux, d’une épouse, d’un bien aimé, ou comme nous les consacrés, les bras grands ouverts attendant la grande étreinte.

« vous dites qu’il faut énormément écouter, mais en même temps on cherche, on attend des réponses . Même si on est écouté, on attend un retour »

17.« Tu es capable de…. »  - c’est ça, plutôt que des belles paroles, qui mettent en route. Donner à l’autre la capacité de prendre la décision.

Je vais répondre par une histoire. Un couple d’amis que j’ai marié, premier  enfant baptême. Deuxième grossesse. Enfant va être très malade. Elle a 14 ans aujourd’hui, autiste grave. A la naissance ils m’ont demandé de la baptiser. J’ai pleuré tout le baptême, je suis très sensible aux enfants malades. Un jour la maman m’a dit « t’étais nul, tu pleurais comme ma belle mère ».  je lui ai demandé à cette femme « qu’est ce qui vous a mis en route pour accueillir cette fille ».  Un pédopsy leur avait dit « en vous connaissant, je sais que vous êtes capable de l’aimer », et c’est ça qui les a mis en route. C’était nul de pleurer. Ils avaient besoin qu’on leur dise « vous êtes capable de ». Il n’y a pas de décision qui est venue d’ailleurs. Ils ont pris leur décision. Donner à l’autre la capacité de prendre la décision.  Ça sert à rien de dire à l’autre « tu devrais, tu devrais pas ». il faut lui redonner confiance en sa capacité de choisir.

(autre question)

18.La blessure ne se guérit pas, elle se convertit en vocation. Faire de ses blessures une histoire au service de l’autre : il y a une parenté entre ce que nous souffrons et ce que nous pouvons donner.

On est tous blessés. On hérite de blessures. Deux solutions : ou je la subis, ou j’en fais une histoire.  J’ai lu les confessions intimes de mère Teresa. Faut s’accrocher j’ai voulu lire sur la plage, c’était pas le moment ! elle a vécu 3 ans de délice avec Dieu et 50 ans de ténèbres. Ça ne se voyait pas, elle avait une tête ridée comme une vieille pomme rigolote.  Personne ne savait rien, et elle avait même demandé qu’on ne publie pas ses écrits. J’ai refermé ce livre avec colère. « à la manière dont tu traites tes amis, pas étonnant que t’en ai si peu » (Thérèse d’Avila).

Un moment il m’est venu : c’est parce qu’elle a été abandonnée qu’elle peut rejoindre les abandonnés ; il y a une parenté entre ce que nous souffrons et ce que nous pouvons donner. Une blessure ça se guérit pas totalement ça se convertit en vocation. J’ai écrit un livre là-dessus « écharde dans la chair ». Cette écharde faut que je l’utilise pour écrire une histoire. Elle me rend plus sensible à des choses.  La guérison totale ne viendra pas. Je finirai bancal ! J’irai au paradis en boitant mais j’irai quand même ! N’attendez pas de Dieu une guérison totale il te donnera les moyens :  mais tu pourras avec ce que tu souffres faire quelque chose de bien. Trouver sa vrai place. En réponse avec ce dont je souffre et ce que je peux en faire. Bon il ne faut pas qu’elle m’aie tellement diminué que je ne peux plus aller vers les autres !

En souffrant de cet abandon, mère théresa a eu une sensibilité toute particulière aux agonisants de calculta. Nous en avons été les témoins !

La blessure est transformable. Ça veut pas dire qu’elle ne fait pas souffrir. Les thérapies sur la guérison totale sont des impostures.

Une bonne thérapie déclenche des questions existentielles auquel la thérapie ne doit pas répondre

Je suis convaincu que le saint est celui qui voit avant ce que l’église doit….

L’homme ne peut pas autrement, il cherche une valeur / le sens.