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Résumé de la conférence : 

Chaque histoire est unique, il n’y a pas de méthode miracle pour apprendre à faire un choix, mais il y a quelques repères qu’il est bon de connaître !

Il n’y a pas qu’un choix possible, un destin tout écrit. Plusieurs choix peuvent tous nous rendre heureux ! Mais il faut choisir et ne pas laisser quelqu’un choisir à ma place.

Un choix ça donne le vertige, et c’est normal !Il faut choisir, donc laisser des trucs de côté.
Pour choisir on doit s’appuyer sur les petits (ou grands) choix qu’on a déjà à poser, et qui ne devaient pas tous être catastrophiques puisque nous sommes toujours vivants !

Face à moi il n’y a non pas un himalaya à gravir, un choix à faire qui fait peur, qui donne envie de fuir…mais face à moi il y a des personnes que je vais retrouver et qui m’attendent.
 

Il y a des étapes à dissocier :

  • Choisir : choisir entre plusieurs possibilités
  • Se décider : y mettre tout son cœur, pas juste décider avec sa tête, mais y adhérer avec son cœur
  • S’engager : prendre les moyens pour qu’il dure, éprouver que ce choix est bon (et ne pas faire la girouette !)

Un grand critère de discernement :
Face à chacun des choix, quels sentiments profonds (pas les stimulis émotionnels superficiels) m’agitent ? et après y avoir pensé, dans quel état me laisse-t-il ? Paix, tristesse, joie ? Te sens-tu plein de vie ou au contraire te laisses-t-il sec ?

La passivité :

Lâcher les rênes. Ecouter en moi mes désirs profonds, les appels de Dieu, les appels de la Vie en moi.

Comment ? par la vie spirituelle :
- Formuler une demande précise, qu’on représente à Dieu chaque matin
- Chaque soir, voir la présence de Dieu dans ma vie, et les moments de joie, plein de vie. Noter sur un carnet. Le fil rouge qui apparaîtra te donnera des indications pour ton choix. (cf fiche mode d’emploi relecture)

Etre accompagné :

Etre accompagné, non par quelqu’un qui va choisir à ma place, me dire ce que je dois faire ou me faire la morale… mais quelqu’un qui pourra m’aider à relire de manière objective, et voir le fil rouge.

Et éventuellement vivre une retraite de discernement (telle celles proposées par les jésuites, avec accompagnement individualité, c’est le top du top !)

 

Cycle de conférences sur l’Homme : sens, sexualité, développement

Mercredi 04 mars 2015 – Père Thierry Anne
 

« S’orienter dans la vie, discerner, faire des choix »

 

Des choses me sont venues lorsqu’on m’a contacté : de nombreux visages de personnes dont j’ai été rendu témoin de choix difficiles, de parcours sinueux, qui m’ont fait l’honneur de me raconter un bout de leur vie, que j'ai souvent eu l'occasion d'accompagner lors d’une retraite, camp, pèlerinage, sur une année, plusieurs années.

Ce que je vais dire, même si je proposerai des moyens qui seront je l’espère utile, seront sur la base d’une  connaissance de nombreuses personnes, d’une centaine, de plus ou moins votre âge. Chaque fois original. Chaque rencontre était unique, il n’y a donc pas de recette miracle. Loin de moi l’idée ce soir de vous raconter un truc de prêt à porter. Si ça peut en avoir l’apparence parfois, rappelez vous ces visages qui sont dans ma tête, et pour qui souvent j’ai été mis au pied du mur car j'ai été démuni et ne savais pas trop comment les aider : je leur ai donné beaucoup de temps, de la prière, je leur ai offert 2-3 moyens, et puis après ils ont fait leur chemin, et pour la plupart ils vont bien aujourd’hui, mais sur le coup c’était plutôt tendu, dramatique, voir tragique.

Pour des choix petits, simples du quotidien, comme de grands choix comme celui d’une vocation, d’un état de vie particulier. Parce que d’une manière ou d’une autre, je vais constater : faire un choix ça donne assez rapidement le vertige.

Un jeune, Julien, qui hésite entre :

  • faire un break dans ces études alors qu’il est bien avancé et qu’il a encore de nombreuses années à accomplir pour partir en coopération
  • une autre option pour faire un break pour chérir sa bonne amie
  • faire un break pour avancer dans sa vocation (à quoi suis-je appelé ? )
  • ou bien je continue tout shuss jusqu’à mon diplôme et après on verra.

Ce julien ça fait des mois ou des années que ça tourne dans sa tête. Sa petite amie attend. Son accompagnateur spirituel il ne sait plus où il en est avec lui : il cherche ou pas sa vocation ? et par rapport à ses études : un mois ça va très bien, l’autre mois ça va pas bien car il est désengagé affectivement, intellectuellement de son travail d’étudiant.

Qu’est ce qui manque à julien pour bien avancer ?

Pourquoi ça traine depuis des semaines, des mois, des années ?

Parfois il se réveille la nuit. Y en a marre, il voudrait vraiment en finir. Et pourtant ça n’avance pas. Qu’est ce qu’il manque ?

 

Un himalaya à grimper ? ou le syndrôme de l'essuie glace

Une hypothèse :  Ce qu’il a devant lui, c’est comme un Himalaya à grimper. Il a un choix à faire et c’est trop pour lui là ou il en est dans la vie, pense-t-il.

Il est dans le syndrome de l’essuie glace. Un coup à droite, un coup à gauche, un coup il l’arrête. Et ceci depuis des mois, des années.  Il a le vertige, et il en ras le bol. Qu’est ce qui fait que ce garçon n’arrive pas à se poser pour avancer un petit peu pour que ça soit pas toujours les 4 mêmes hypothèses et qu’elles soient toujours équivalentes ?

Première proposition : Il ne regarde pas son passé, il oublie de regarder l’itinéraire déjà accompli. Il est déjà tellement scotché face à ce dilemen devant lui, Dilmeme complexe car il y a 4 possibilités quand même que du coup Il fait du sur place et a peur d’en rester là de nombreuses années.

Dans l’histoire de la philosophie, il y a une image dont vous avez sans doute entendu parler.

 

L'âne et le Buridan : mourir pour ne pas avoir su poser un choix

Dans l’histoire de la philosophie, c’est la fable de l’âne et le Buridan : scientifique du moyen âge, 13-14 ème siècle qui, pour d’autres raisons que celle du choix de vie, a imaginé cela pour ses étudiants entrant dans l’hypothèse qu’un âne se trouve à exactement égale distance entre une botte de foin et un sceau d’eau.  Il a soif et faim.

Résultat : il meurt sur place car il n’arrive pas se décider. C’est grave !

Laisser quelqu'un choisir à ma place, c'est presque pire que mourir !

En faisant google image, sans aucune connotation politique, j'ai trouvé une image.  M Sarkozy qui hésite entre refaire campagne à l’Elysée, et se remettre aux affaires qui rapportent beaucoup d’argent. Il y a derrière un juge qui va l’aider à trancher puisqu’il est incapable de trancher. Ça c’est presque aussi grave que de mourir sur place :c’est quelqu’un qui va trancher à ma place. Et peut-être qu’on est majoritairement dans cette situation là : d’autres vont choisir à ma place. Je vais pas mourir sur place ! il y a quelque chose qui va faire pression sur moi, influencer : l’air du temps, mon groupe de copain, l’influence de mes parents. C’est presque pire que de mourir car je ne vais pas choisir ma vie !

Voir texte en ligne de François Varillon :  « choisir , se décider, c’est vivre » , « je ne suis pas vraiment en vie si je n’ose pas me décider ».(cf biblio en bas de l'article)

 

La balance de St Ignace de Loyola

Il se trouve que dans l’histoire de l’église, il y a eu un saint, st Ignace de Loyola, qui a vécu cette histoire là,  suite à une blessure à la jambe, bloqué sur un lit pendant des mois et des mois.

Il fuit par l’imagination, que pourrait-il donc devenir ? Il se met à rêver de l’avenir. Que pourrait-il devenir ? épouser une grande dame du royaume ? Ou devenir un grand héro de la foi et faire mieux encore que st François et st Dominique. Partir pied nu jusqu’à Jérusalem, abandonner toutes ses richesses, être tout entier au Christ. Ça tourne dans sa tête. C’est pas nouveau, la difficulté de faire des choix !  C’était deux choix qui à ses yeux étaient tout à fait honorables. Des possibles qui sont très honnêtes devant Dieu et devant les hommes.

Ce n’est pas simple, et on est tous noyés dans ces histoires.  Je suis passé par là, et ça m’arrive encore

Premier temps pour commencer à avancer par rapport à cette question : discerner, choisir, s’orienter dans la vie, mon axe va être d’aller de l’âne de Buridan au Quid Agendum (sera expliqué par la suite)

Trois illustrations :

  • Conte d’été d’Eric rohmer : film à voir absolument

C’est l’histoire de gaspard pendant son été à dinar (près de st malo). il part en vacances, il a une petite amie, il vient de paris,  qui va le rejoindre, mais voila qu’il rencontre dans un café une certaine margaux, étudiante en archéologie, en job d’étudiant comme serveuse. Il devient très amis et très complices. A tel point qu’on se demande s’il a pas oublié que sa copine va arrive. Puis la copine arrive. Il se retrouve avec deux copines. Puis une troisième entre dans le jeu : Solène. A la fin de l’été, il repart tout seul, et s’est fait ennemi juré de ces trois là.

Deux autres illustrations plus ecclésiales qui nous montrent que parfois il faut du temps pour trouver son axe et sa vocation : Charles de Foucault et la Vierge Marie

Livre à lire : de mgr jean claude boulanger, biographie de charles de foucault

Charles de foucault était un noble, qui a hérité d’une grande richesse, qui avait une grande ambition, qui est rentré à l’école des officiers de Saumur, cavalerie, top du top pour l’époque, a failli se faire virer plusieurs fois comme il s’était fait virer de l’école des jésuites car il allait de frasque en fraque. En gros c’est le fils prodigue de l’Evangile. Il a tout dilapidé en quelques années, durant ses années d’école d’officier.

Une citation de lui : « Je m'éloignais, je m'éloignais de plus en plus de vous, mon Seigneur et ma vie.., et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt c'était déjà une mort à vos yeux. Vous me faisiez sentir un vide douloureux, une tristesse que je n'ai jamais éprouvée qu'alors; elle me revenait chaque soir, lorsque je me trouvais seul dans mon appartement, elle me tenait muet et accablé pendant ce qu'on appelle les fêtes : je les organisais, mais le moment venu je les passais dans un mutisme, un dégoût, un ennui infinis. L’estime du bien. Je faisais le mal, et vous me faisiez ressentir un vide douloureux. Elle me tenait muet et accablé durant les fêtes. »

Ça c’est le début du réveil intérieur de Charles de Foucault. Mais ça n’a pas été si simple pour autant. Il a pigé que tout ce qu’il estimait sympathique à faire selon son jeune âge, son ambition, la grande séduction qu’il savait pouvoir offrir aux jeunes femmes, le conduisait profondément à l’ennui, à une tristesse intérieure.

Vous connaissez la suite. Il va décider de devenir un homme d’église. Ce qui est intéressant dans l’histoire de Charles de Foucault, c’est que jusque dans les dernières années de sa vie, il ne va pas cesser de devoir cheminer, car il avait du mal à trouver son lieu. Moine, puis ermite au Proche Orient. Puis il a été en Algérie, détaché de son monastère, auprès d’anciens camarades militaires. A ce moment là, Dans le nord d’algérie, il a su, je dois « offrir l’évangile à ceux qui n'en ont jamais entendu parler ». je vais commencer à traduire l’Evangile dans la langue des peuplades de là bas dans le massif du augard.

Et voilà qu’il faut beaucoup de temps pour descendre en chameau, à pied. Plusieurs milliers de km. Peu à peu Il comprend dans la prière que ce n’est pas traduire qu’il est appelé à faire, mais à découvrir les gens lui-même. Il va être un homme au milieu de tous ces gens qui habitent dans le Augard, qui sont des nomades. C’est à ce moment là qu’il se dit «c’est à cela que Dieu tu m’appelais »

Est-ce que pour autant il a perdu son temps ? l’église l’a reconnu saint, sa vie est belle, on peut apprendre beaucoup à travers cette vie là. Même si son parcours paraît sinueux, son état de vie à changé plusieurs fois, pour autant il creusait sa vocation jusqu’à l’affiner et en faire quelque chose d’original, qui n’a jamais été fait jusqu’alors. Depuis a fait des émules : petites sœurs de Jésus, famille foucaulienne. Discerner choisir, s’orienter dans la vie

Quand on désire vraiment, on finit par trouver, parfois c’est long.

Troisième illustration : la Vierge Marie. Beaucoup plus bref.

On sait moins de choses, et ça paraît plus fulgurant

l’Ange Gabriel vient la trouver dans sa chambre. C’est très étonnant qu’on ne nous dit pas dans st Luc qu’elle a été surprise par cette visite et pourtant elle aurait du : les gens qui étaient plus éduqués qu’elle, plus avancés dans la prière, connaissaient mieux la tradition encore qu’elle auraient du mal à croire si rapidement que c’était Dieu qui venait lui parlait à travers ce drôle de personnage. Cette femme avait une disponibilité intérieure extraordinaire et qui fait qu’elle a entendu l’appel du seigneur pour ce qu’elle devait devenir, quasi instantanément . C’est une autre manière. C’est l’envers de charles de foucault. C’est pas mieux ou moins bien !

Deuxième épisode : quand elle va visiter sa cousine élisabeth. Un truc assez étonnant : A l’Ange Gabriel elle ne répond rien, sinon sa disponibilité « comment va-t-il se faire » - en gros c’est oui – « comment va-t-il se faire » - c’est pas moi qui pourrais le faire, je compte sur le Seigneur. Lors de la Visitation, on a beaucoup plus de paroles de sa part : le Magnificat.

Quand j’étais tout jeune novice, on avait une cession de formation à la vie spirituelle, un certain père Jean-claude detelle « voyez cette épisode de la vie de Marie, c’est une illustration des plus pures qui peut nous arriver quand Dieu vient nous arriver ». tout à coup une émotion excessivement puissante, une émotion heureuse bienfaisante qui déborde tellement passe par la parole et va s’adresser à d’autres.

La manière dont Marie va s’adresser à sa cousine, c’est essentiellement des mots de sa tradition religieuse. Cette femme est devenu tout à coup hyper intelligente et a pu dire sa louange, son action de grâce, annoncer d’une certaine manière ce qu’il allait advenir en faisant des liens très rapides. Une motion spirituelle qui l’a envahie et qui a fait que cette femme là est entrée vraiment dans le plan de Dieu, est devenu porte parole de Dieu de manière sublime.

3 illustrations, on va essayer d’en tirer parti maintenant

Qu’est ce qu’on peut entendre pour nous de tout cela ?

  • Parler sur la vie
  • Choisir, se décider, s’engager
  • Les trouvailles de saint Ignace de Loyola

Les motions spirituelles et le quid agendum ?

Parler sur la vie, repose sur un texte d’agatha salinski, religieuse xavière (cf biblio). Philosophe. Assez compliqué.

 Ce qu’elle dit autour de la difficulté des jeunes adultes, elle avait 30 ans à peine, face au choix.

L’inquiétude, le vertige, face à la multiplicité des possibles. Un des problèmes de notre temps : il y a trop de possibles. On pourrait mener plusieurs vies, et toutes ces vies pourraient être heureuses. C’est comme au supermarché quand il y a trop de boites de thé. Ça freine, même si j’avais choisi par avance, car je découvre un autre thé. Le thé c’est pas trop grave.

Finalement  dans nos choix de vie c’est pareil, il y a de  multiples possibles. On pourrait très bien mener plusieurs vie vocationnellement heureuses et saintes.

Un moment faut choisir.

Puis un article plus tard, elle sort ce truc, (entre temps elle est devenu religieuse, c’est plus facile). Essuie glace de tout à l’heure ; pour avancer dans la vie, il faut choisir, donc laisser des trucs de côté. On peut s’appuyer sur le fait qu’on a déjà avancer dans la vie, qu’on a appris à faire des petits choix et qu’on donc on est capables de faire d’autres choix. Et ces petits choix ne m’ont pas mené à des situations catastrophiques, je suis toujours en vie aujourd’hui

Ce que dit agatha, c’est que non seulement on a un passé sur lequel on peut s’adosser (important de pouvoir s’adosser surtout si on a le vertige) : face à moi il n’y a pas l’himalaya à grimper pour faire un choix, mais face à moi il y a  des personnes que je vais retrouver, ou qui m’attendent.

Parier sur la vie, mais aussi parier sur l’amitié. Si j’ose entrer dans une congregation religieuse alors que je suis professeur, c’est pas seulement une perte possible par rapport au metier de philosophe, et un truc un peu abstrait de vie religieuse,  ce sont des femmes que je vais retrouver. Si je suis attirée par cette vie, c’est parceque je pressens qu’une amitié peut s’engager là. Et là c’est un des grands secret pour faire de grands choix.

Un grand cirtère de discernement. Avec qui je peux faire le mieux alliance ? Avec qui je me sens le plus en amitié : pas juste copinage, quelque chose de profond, qui dure pour la vie.

Aumonier de classe prépa : quittaient leur région pour venir faire la prépa. Tous mes amis, pendant 2 ans, plus l’occasion de les revoir ! Les vrais amis, on les perd pas.  c’est bien d’être éloignés d’eux, on va faire du tri, on verra qui sont les vrais amis. Les vrais amis si on en a 5 on est déjà bien contents.

Choisir, se décider, s’engager

J’ai tordu un peu les termes. C’est une chose qui m’était venu en parlant avec des étudiants. On arrivait pas à se mettre d’accord sur les termes. Il m’est venu : parfois c’est bon de disséquer les étapes. Choisir c’est pas pareil que s’engager. Choisir c’est cette étape où j’ai devant moi plusieurs possibles. C’est l’exemple de Julien fait coopération, s’occupe de sa copine, qui continue ses études tout shuss. Julien va sélectionner un de ces possibles

Puis faut se décider : c’est vraiment ça que je veux. Se décider avec son cœur, différent de le faire juste avec sa raison. Et y aller tout entier.

S’engager c’est se dire : « ça y est j’ai fait un choix, je me suis décidé et je mets tous les moyens pour qu’ils dure » « Je vais épprovuer que ce choix est effectivement bon » : on est du côté de la fidélité.

Il faut prendre son temps pour les grands choix, et ensuite il faut prendre son temps pour les expérimenter, au lieu de dire au bout de 6 mois : c’était pas la coopération, c’était ma copine, et au bout de 6 mois, il casse son contrat de 2 ans avec la coopération. C’est le meilleur moyen de ne jamais y arriver.

Les trouvailles de st Ignace de loyola

On est toujours sur son lit de convalescent. Y a une balance : d’un côté la belle dame, et de l’autre côté son projet d’homme religieux. Ça l’encombre tellement, il commence à écrire.

Il voit qu’au fond de lui-même ce ne sont pas tout à fait les mêmes sentiments qui l’agitent qui sont lieu à l’une ou l’autre de ses possibilités.

Sous sa belle dame, y a un bonhomme renfrogné, et de l’autre, un homme remplit de joie.

Au fond de lui il y a des sentiments divers qui l’agitent.

Voici ce qu’il écrit à se propos :

« Il lui arive des choses étranges intérieurement , quand il pensait à cette chose du monde il s'y délectait ; mais quand ensuite, fatigué, il la laissait, il se trouvait sec et mécontent. Mais quand il pensait à aller nu-pieds à Jérusalem, à ne manger que des herbes, à faire toutes les autres austérités qu'il voyait avoir été faites par les saints, non seulement il était consolé quand il se trouvait dans de telles pensées, mais encore, après les avoir laissées, il restait content et allègre ; mais il ne faisait pas attention à cela et ne s'arrêtait pas à peser cette différence jusqu'à ce que, une fois, ses yeux s'ouvrirent un peu : il commença à s'étonner de cette diversité et à faire réflexion sur elle ; saisissant par expérience qu'après certaines pensées il restait triste et après d'autres allègre, il en vint peu à peu à connaître la diversité des esprits qui l'agitaient, l'un du démon, l'autre de Dieu. »

 L’alternance des possibles continuait dans son esprit. A chaque fois ça l’emoustille. Mais quand il oublie, ses sentiments ne sont pas les mêmes. Quand il pense à la grande dame, après il est sec et mécontent. Et quand il pense à la pire des austérités, d’aller à jérusalem pied nu, …. A n’être personne aux yeux du monde, là des sentiments de joie et de paix perdurent dans son cœur.

C’est le Premier critère de discernement

Un peu plus tard, il va présenter son projet à marie, il va marcher nu pied jusqu’à jérusalem. Il peut pas rester (causes politiques…). Il se trouve devant une impasse : « Quid agendum ». Qu’est ce que je dois devenir ? je me suis laissé trompé par dieu ? j’ai pas compris ? ce que je pensais avoir compris des motions spirituelles finalement c’était pas ça, cétait une impasse ?

Il lache progressivement les rênes 

Cette expression absolumment extraordinaire à retenir

C’est pas « qu’est ce que je dois faire », « à quoi je suis appelé ».

Mais : « Que doit-il être fait ? – quid agendum »

Comment cela peut-il se faire ? je ne suis pas le principal acteur des grands choix, de ma grande destinée.

Il se met dans un état de passivité plus grande que jamais. C’est ça qui l’aidera le plus. C’est ce qui le mènera. Charles de foucault était peut-être trop volontariste, son parcours a été long. A partir du moment où il a vraiment laché, il a trouvé son lieu.

Peut-être 2-3 moyens utiles et efficaces :

  • Oser choisir, être capable de se décider, oser s’engager, ça repose sur  la vie intérieure. Ignace commence à oser avancer hors des chemins battus quand il se rend compte qu’il y a des motions spirituelles, quelque chose qui vient de l’intérieur, des informations qui viennent de l’intérieur, et n’ont rien à voir avec les émotions passagères qui sont liées aux stimulis extérieurs. Ignace vu sa condition, n’aurait jamais du être heureux à l’idée de partir pied nus à Jésuralem et oublier son rang d’aristo
  • Trouver de bons interlocuteurs, pas des gens qui vont choisir à notre place, mais avec qui je vais pouvoir un minimum objectiver. Et la conversation auprès de quelqu’un à la fois neutre et à l’écoute, c’est un des plus beaux trésors qu’on peut trouver dans la vie. C’est quelqu’un qui pourra m’aider à avancer dans mes choix et être fidèle. L’exemple type c’est le témoin de mariage : un ami pour le couple.

Travail en groupe

Texte


Il n’y a pas de recette miracle, c'est-à-dire qu’il n’y a pas de méthode qui convienne à tout un chacun. Il faut qu’on arrive à l’accepter. On a à chaque fois une décision à prendre qui est nouvelle à prendre, et surtout on a une histoire qui fait que c’est plus ou moins complexe, plus ou moins compliqué, mes affects sont plus ou moins impliqués dedans, ou ma raison, ou des personnes extérieur… sinon l’église ne proposerait pas des retraites, des bouquins s’il y avait une méthode toute faite, des conférences, s’il y avait une méthode prêt à porter.

Finalement nous sommes convoqués à trouver peu à peu, à affiner une méthode qui va nous être propre en partant de quelques exemples, conseils qu’on a reçu ici ou là.

Je vais vous offrir quelques conseils, qui sont de la famille de saint Ignace. Mais j’accepte qu’ils ne fonctionnent pas pour tout le monde, ou ne sont pas forcément suffisants, et ne conviennent pas à tout le monde. A tel point que quand quelqu’un veut faire un choix onéreux, important, du genre choisir sa vie, j’ai envie de me marier, je vais partir au canada, choisir sa vie je veux ma marier avec untelle, ou bien devenir prêtre, …. Des choses qui vont engager pour toute ma vie.

Ignace et tous ces fils spirituels : ils disent qu’alors il faudra vous poser peut-être plus longuement que discuter avec vos amis ou prendre des notes dans votre carnet spirituel. On va vous proposer une retraite. Les retraites ignatiennes sont accompagnées individuellement car y en pas deux qui se ressemblent. Une retraite sur les exercices spirituels de st Ignace en vue de faire un choix. Il va partir du point où en est la personne qui présente ses alternatives, et l’accompagnateur va voir Chaque jour on va voir comment son cœur avance, et va donner des textes à méditer de la bible en fonction de comment il avance.

Par exemple j’ai accompagné des novices pendant 30 jours 6 novices. 6 retraites très différentes. Ils n’ont pas fait le même parcours. C’est le top du top au niveau de la personnalisation.

On a pas tous besoin de 30 jours pour prendre une décision.  Mais ça donne un peu l’esprit de la méthode :

Témoins de mariage : c’est un interlocuteur, un ami, un accompagnateur spirituel. Quelqu’un qui me connaît bien, qui ne me veut que du bien. C’est l’image de Dieu sur terre pour moi, c’est pas le seul . mais je lui fais vraiment confiance. Cette personne va me parler comme elle ne parlera pas à quelqu’un d’autre.  grâce à cela je vais avancer.

Pour l’aspect concret,

  • trouver quelqu’un avec qui parler pour rentrer en vrai conversation. Un des actes de foi dans le christinanisme : l’esprit de dieu est là quand 2 ou 3 sont réunis en son nom. Pas seulement de manière abstraite. L’esprit de Dieu va parler. L’esprit de Dieu va nous éclairer, et peut-être répondre à nos demandes insistantes, importantes. C’est le rôle de la conversation. Il ne faut pas 10 interlocuteurs. L’interlocuteur définitif c’est Dieu. Mais Dieu est tellement différent et nous on a tellement de filtres, on a tellement du mal à le recevoir,  On a besoin d e médiateurs, d’amis qui vont nous aider à mieux entendre Dieu. Fondamentalement c’est Dieu que je vais essayer d’écouter. Quand on a une décision à prendre, c’est la conversation avec dieu que me permet une conversation avec quelqu’un

Qui ai-je comme vrai ami aujourd’hui ? Est ce que je fais appel à un accompagnateur spirituel ?

Comment je présente à dieu ma demande ? demande de grace. Ça c’est très concret. 1 fois par jour, quand j’ai vraiment quelque chose d’important une décision importante, ou une demande de conversion, j’en constitue une demande de grâce , une demande fondamentale. Il y a actuellement que ce sur ce point là qu’il faut que je grandisse et que j’avance. Et cette demande de grace, je vais la demander à dieu un fois, 2 fois, 100 fois, 1000 fois, 1000 jours, 2 ans… jusqu’à ce que j’entende quelque chose du Seigneur qui me réponde.

L’autre versant de la demande de grâce c’est la relecture, c’est l’attention à ce qui advient dans ma vie : intérieure et par des informations extérieures. Si je demande un truc à Dieu et que je me mets pas en prière pour chercher ce qu’il a à me dire, je peux chercher longtemps.

 Il s’agit pour moi d’écouter tout autant que de demander

Régulièrement je me mets en état de prière,. Je commence par un signe de croix, et je regarde ce qu’est devenu ma vie depuis la dernière relecture, depuis la dernière fois que je me suis posée pour regarder ma vie. Quels ont été les stimulis forts, ou telle rencontre, il n’y a pas 10 000 choses dans une journée. Qu’est ce qui est de l’ordre des sentiments profonds, des motions spirituelles.

Novice jésuite : tous les soirs avant de se coucher. Tous les laïcs qui croient que Dieu est dans leur vie prennent du temps pour relire chaque jour pour voir comment ça s’est passé aujourd’hui. « est ce que Dieu m’a dit quelque chose ». Le schéma c’est :

Le matin je me lève : seigneur n’oublie pas que je faire quelque chose de grand de  ma vie : je précise ma demande, mon dilemme, mon choix possible. Seigneur éclaire-moi

Le soir avant de me coucher : comment tu m’as parlé aujourd’hui, qu’est ce qui m’est advenu aujourd’hui de puissant, de profond,de bon, d’interpellant, qui a fait que j’étais dans la paix, décalé, dans la joie …

Pour un discernement, il faut d’autant plus accentuer cela.

Demande de grâce, relecture de ce qui advient comme  informations. Et puis progressivement on va voir le fil. Les choses se répètent. Quand elles viennent de Dieu elles se répètent. Elles viennent pour mon plus grand bien S’éclairent de manière non inquiétant, pour mon plus grand bien. Ça peut nous faire bouger intérieurement quand même, m’arrachent des mondanités, ou de mes petites préférences un peu capricieuses ou un peu égocentrée, mais c’est pour mon bien et ça je le sens.

Demande de grâce, relecture, puis l’interlocuteur pour mieux parler à Dieu

Quand tout ça n’est pas suffisant, je fais une retraite.

C’est l’histoire d’un couple, tous les deux profs, 3 enfants. Très heureux dans leur métier de professeurs, pleins de trucs en dehors. Lui est demandé comme chef d’établissement du lycée duquel il est prof, le même que sa femme. Lui se dit d’où viennent cette demande, il en a pas l’ambition, très heureux là où il est . Sa femme lui dit « écoute un peu plus » « tu devrais écouter un peu plus, n’entends-tu rien d’un appel plus profond ». Corinne qui a toujours 2 temps d’avance sur lui dit « je crois qu’on doit rentrer en discernement spirituel « . ça veut dire qu’il faut qu’on avance à deux, et qu’on fasse appel à un tiers. Le protocole qu’ils ont mis en place, 1 parmis d’autres !

1 fois par semaine, un dîner en tête à tête. Les enfants dinent avant. Pour parler ce qui s’est passé dans la semaine comme  type d’information intérieur ou extérieur par rapport à la question. ça a duré 6 mois. 1 fois par mois, par une fois par mois tel accompagnement spituel on faisait état du schmilblik. A un moment ce qui est advenu c’est que la décision ils devaient la prendre à deux, car ça allait avoir des incidences sur les deux. Elle voyait comme une évidence qu’elle devrait changer d’établissement (or elle était très heureuse dans son lycée), et que lui serait moins dispo pour ses enfants. Ils ont choisi que la décision serait prise à deux, et qu’ils en parleraient à leurs enfants. Ensemble ils ont mis sur la table tous les domaines qui risquaient d’être affectés par la décision. Après ils ont prié, discuté. On a discuté et décidé qu’on allait prendre un temps de 3 jours tous les 3 dans la montagne. On a commencé les vacances avec les filles, puis les filles sont parties.

Pour finir, ils ont décidé qu’il serait chef d’établissement. Et on peut dire aujourd’hui que c’était une bonne décision, car la famille est vraiment avec lui, surtout dans les moments durs.

Le protocole se met en place progressivement.

Sur la passivité

Expression de st Bernard (bien avant Ignace de Loyola) qui invite ses moines à distinguer ce qui est de l’ordre de l’inclination et de l’ordre de la consolation. La grande difficulté est de faire le tri entre ce vers quoi je suis incliné naturellement et ce qui est de l’ordre de Dieu, ses appels, ses transports intérieurs, les éclairages qu’il m’offre,sa parole…

Une bonne décision sous le regard de dieu, est une décision qui va prendre en compte ces deux sources : ce que je suis, ce que j’aspire, mes inclinations et ce qui vient de dieu : ses éclairages, …

Si je suis seulement du côté de l’inclination, je mène la barque tout seul. C’est pas digne d’un chrétien ! Je suis mon inclination dans ce cas je viens plus à Isèreanybody, je perds mon temps ici, je me mens moi m-ême je joue un personnage !  

Si on est disciple de Jésus, on est appelé à faire comme lui, à se laisser inspirer par l’esprit de Dieu. Lui l’a fait parfaitement. En tout moment, parole, geste il était pleinement inspiré par l’esprit de Dieu. Ok il est Dieu ! Mais après il nous a donné son esprit ! son esprit qui a soufflé sur les apôtres.
D’un côté suivre que  l’inclination, c’est faire sa carrière, choisir sa vie, et se découvrir un jour épuisé , d’être maître de tout, surtout de son avenir.mais c’est un peu fun dans un certain temps, et on croit devenir quelqu’un.

N’écouter que les motions venant de Dieu, c’est quasi impossible car nous sommes humains, on est pas de purs esprits, on est pas encore dans le face à face avec Dieu. On ne pourra pas faire taire nos inclinations, on ne pourra pas faire taire notre histoire, repartir à zéro, ce n’est pas possible.

On n’est forcément dans un mixte.

Et elles sont pas forcément en opposé. Parfois elles le sont, mais toujours. Mon job spirituel : au plus écouter ce qui vient de Dieu (écoute, mémoire spirituelle…) , et c’est aussi faire du tri dans ce qu’on appelle ses inclinations : égocentrée, excentré au sens généreux du terme. Parce que Dieu nous a fait à l’origine bon. Pas seulement Adam et Eve. Naturellement on a aussi de bonnes inclinations. On a quelque idée qui sont justes et bonnes. Tous, qui que nous soyons. Il faut les retrouver. Il faut faire du tri là dedans. 

On peut dire l’à priori fondamental de la vie spirituelle c’est qu’à un moment fondamentalement ça se recouvre. L’inclination profonde c’est ce qu’on appel le désir profond, qui est du côté de ce qui est bon, généreux, personnel lié à  mon histoire, un désir absolument unique. A un moment ce désir profond si je l’ai purifié, si j’ai fait du tri, ce désir profond et la volonté de dieu et bien ça se recouvre. Et ça, c’est magnifique ! Car c’est à ce moment là qu’on attend le repos !

La passivité c’est quoi ? c’est accepter, ou croire qu’indépendamment de ce que je pressens, prévoit, planifie, il y ai des tas de sources d’informations qui me viennent, d’appels, d’élans, qui sont bons, qui viennent du fond de moi-même, de Dieu et que je n’ai qu’à suivre. Bon en amont, il y a un travail à faire : écoute,  évacuer les scories. Un peu chaque jour ce travail en amont : clarifier, simplifier, ouvrir mon cœur, me mettre en état d’accueil et d’écoute de Dieu.

En aval, c’est mettre en œuvre cette décision. Il y a du taf derrière ! Il va falloir assumer ! Profondément, c’est ce que dit Jean de la croix,

« Profondément, celui qui marche avec Dieu ne se fatigue ni ne fatigue les autres. »

C’est ça l’état de passivité : accueillir, et continuer à marcher avec Dieu même quand la décision est prise, pour que ça soit lui le principal moteur.

Un novice : depuis 3 mois il parle que de passivité «  je suis hyperactif dans le syndrome du sauveur du monde », « mon point de conversion c’est la passivité ». ça veut pas dire qu’il va être exempt de servir ses frères ! mais c’est une autre attitude intérieure.  

On s’est rappelé d’une expression en 1995 jésuite chapitre général à Rome. Ils ont cité « être serviteur de la mission du Christ »

C’est la mission de tout chrétien. Y en a qu’un vraiment au taf : le christ dans le monde, c’est lui qui est en mission au nom du Père. Et nous on est membre de son corps. On est participant de sa mission, serviteurs de sa mission, c’est lui qui porte le plus lourd, et nous on l’aide un peuchacun en notre lieu. Ça nous dit quelque chose de la passivité.

 

Bibliographie

  • Toute la bible (dt 30 Jn 14)
  • -affronter la décision dans un monde complexe  - christus n°173, 1997
  •  les choix de vie, nouveaux repères, in christus, n°226 HS 2010
  •  Agata zielinski « l’inquiétude, un espace pour Dieu » in christus, n°182, 1999
  • - mgr jean claude boulange, l’évangile dans le sable, l’expérience spirituelle de Charles de foucauld, DDB, 2005
  • - xavier thevenot , la régulation des naissances, éléments d’une réflexion éthique

 

Pour aller plus loin

Propositions de retraites de discernement "jeunes" : http://www.rji.fr/activites-par-themes/retraites.html

Tu peux également contacter Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. pour tout renseignement.

Pour en savoir plus sur l'accompagnement spirituel, voir la page dédiée sur le site Isèreanybody?

Voir également la fiche pratique sur "10 questions à se poser avant de poser un choix"

P. Michel Rondet, sj, "Dieu a-t-il sur chacun de nous une volonté particulière ? in Christus n°144, 1989 

Dieu a-t-il une volonté particulière sur chacun de nous ?

Père Michel Rondet, s.j.

Posée ainsi la question nous embarrasse. Il y a des jours où nous voudrions bien pouvoir nous référer à une volonté particulière de Dieu qui serait notre vocation. Comme ce serait rassurant et réconfortant aux heures de doute et de difficultés !

Savoir qu’on s’inscrit dans un dessein de Dieu prévu de toute éternité où chaque élément de notre vie, heureux ou malheureux, trouve place et sens !

Mais en même temps, quelque chose en nous proteste : Dieu nous mettrait ainsi devant un programme à remplir, fixé en dehors de nous, sans même nous donner des moyens sûrs de le connaître ? Car si les mots ont un sens et si l’on voulait parler alors de volonté de Dieu, de quel poids ce vouloir divin ne pèserait-il pas sur nos libertés ! Quelle angoisse aussi pour nous lorsqu’il s’agirait de choisir : toute erreur, tout retard seraient dramatiques. Passant à côté du dessein de Dieu, nous situant, même involontairement, hors de son projet, nous aurions tout perdu, tout gâché. Et ceci d’autant plus facilement que nous savons bien que les voies de Dieu ne sont pas nos voies et que nous mesurons chaque jour combien il est difficile et parfois hasardeux de vouloir discerner ce que nous appelons la volonté de Dieu. Que Dieu nous ait placés à la croisée des chemins, en face de plusieurs directions dont une seule serait la bonne sans nous donner les moyens de la reconnaître avec certitude, relève du visage d’un Dieu pervers et ne peut en aucun cas exprimer l’attitude du Dieu de l’Alliance qui est venu sauver ce qui était perdu.

 

Et pourtant nous savons bien que ce même Dieu est celui qui nous appelle par notre nom et que notre rencontre avec Lui passe par un chemin qui nous est particulier. D’Abraham à Pierre, l’histoire du salut abonde en exemples d’hommes appelés à une vie nouvelle pour une mission précise, qui trouve souvent son symbole dans le changement de noms : on t’appellera désormais Abraham, Israël, Pierre. La mission de Moïse, celle de Jérémie ou de Paul, semblent bien correspondre à une volonté particulière de Dieu, jusqu’à marquer leur vie d’une singularité qui les conduit à une véritable solitude. Destins exceptionnels ou exemplaires de ce que nous sommes tous appelés à vivre ?

 

Une question mal posée

Quel prêtre, quel éducateur, ayant à aider des jeunes à choisir une orientation de vie n’a rencontré un jour des garçons et des filles venus lui dire avec espérance et angoisse : "j’ai un choix à faire, je veux faire la volonté de Dieu et je ne voudrais pas me tromper, ce serait grave, mais je ne sais pas ce que Dieu attend de moi, alors je viens vous voir pour que vous me donniez les moyens de le savoir en toute certitude."

Répondre à une question ainsi posée est impossible, prétendre le faire serait à tout le moins présomptueux. Qui peut se situer ainsi de plain pied avec la volonté divine ? Le discernement, dont nous dirons l’importance, ne nous livre pas, tels quels, les projets de Dieu sur nous ; il nous dispose à reconnaître dans nos désirs et nos souhaits ceux qui peuvent se réclamer de l’Esprit du Christ ; ce n’est pas la même chose !

La seule réponse que nous puissions faire à la question que nous venons d’évoquer, c’est de dire à ce garçon ou à cette fille : "La volonté de Dieu ce n’est pas d’abord que tu choisisses ceci ou cela ; c’est que tu en fasses bon usage, que tu choisisses toi-même, au terme d’une réflexion loyale, libérée de l’égoïsme comme de la peur, la manière la plus féconde, la plus heureuse de réaliser ta vie. Compte-tenu de ce que tu es, de ton passé, de ton histoire, des rencontres que tu as faites, de la perception que tu peux avoir des besoins de l’Eglise, et du monde quelle réponse personnelle peux-tu donner aux appels que tu as perçus dans l’Evangile? Ce que Dieu attend de toi, ce n’est pas que tu choisisses telle ou telle voie qu’il aurait prévue de toute éternité pour toi, c’est que tu inventes aujourd’hui ta réponse à sa présence et à son appel !"

Il ne s’agit plus alors de découvrir et d’accomplir un programme préétabli, mais de faire naître une fidélité. L’expérience montre que c’est un changement de perspective assez radical et qu’il demande souvent du temps.

 

Une conversion en profondeur

Il y a une part de nous-mêmes qui a bien du mal à se détacher d’un visage pervers de Dieu, hérité souvent du déisme qui a marqué la culture occidentale. Ici le Dieu tout puissant, qui voit tout, qui sait tout, devant qui l’histoire humaine se déroule comme un spectacle sans surprise, et qui attend que nous prenions notre place de figurants là où il l’a prévue de toute éternité. Personne ne s’exprimera aussi brutalement, mais il n’est pas besoin de gratter beaucoup pour retrouver ce visage de Dieu en arrière plan de certaines de nos manières de concevoir la volonté de Dieu, sa providence...

Il y a bien un dessein de Dieu sur l’humanité; les Epîtres de Paul, le prologue de l’Evangile de Jean ont tenté de le décrire : "Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ." (Ep 1, 4-5)..."A tous ceux qui l’ont accueilli, Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jn 1, 12).

Ce dessein de Dieu n’est pas une détermination quelconque d’une volonté divine souverainement libre, c’est un dessein de salut qui exprime l’être ultime de Dieu : l’amour qui se donne et se communique. C’est l’expression de la communion intime du Père, du Fils et de l’Esprit qui s’ouvre à une altérité pour l’accueillir dans son amour. Ce dessein d’Alliance englobe toute l’histoire et toute l’humanité, mais parce qu’il est volonté d’alliance, désir de communion, il ne peut s’adresser qu’à des personnes libres.

Il est donc bien vrai qu’il y a un désir de Dieu qui nous rejoint chacun personnellement. Si Dieu se manifeste par son Verbe, sa Parole, c’est bien pour être entendu par chacun d’entre nous. S’il nous appelle à être fils dans le Fils Unique, c’est bien qu’Il attend de nous que nous nous disions dans une parole qui vienne rejoindre la sienne.

Cette parole, Il l’espère de chacun de nous. La révélation de son amour peut bien la faire naître en nous : c’est à nous de la prononcer sans qu’elle nous soit jamais dictée.

En d’autres termes, on pourrait encore dire qu’en nous créant à son Image, Dieu nous appelle, chacun, à donner à cette image sa ressemblance particulière. Comme Jésus a donné à l’Image du Père un visage humain particulier, à sa Parole un accent unique, chacun d’entre nous est appelé à refléter dans sa vie la sainteté du Père.

Le Dieu devant qui nous sommes n’est donc pas cet ordinateur surpuissant capable de programmer et de tenir en mémoire des milliards de destinées individuelles et qu’il nous faudrait interroger avec crainte et tremblement sur notre avenir. C’est l’Amour qui a pris le risque de nous appeler à la vie, semblables et différents, pour nous offrir l’alliance et la communion. C’est à ce visage de Dieu qu’il faut nous convertir si nous voulons pouvoir nous situer en vérité devant la volonté de Dieu. Nous le reconnaîtrons alors non plus comme un diktat ou une fatalité, mais comme un appel à une création commune.

 

Pour une création

La réponse que nous allons donner à Dieu n’est inscrite nulle part, ni dans le livre de vie, ni même dans le cœur de Dieu, sinon comme une attente et une espérance. L’espérance de ce que Dieu ne voit pas encore et auquel nous allons, nous, donner forme et visage. C’est la grandeur et le risque de nos vies d’être ainsi appelées à éveiller la joie de Dieu par la qualité et la générosité de notre réponse.

Les choix que nous faisons alors ne sont pas des créations à partir de rien. Nous les préparons avec ces matériaux que sont nos conditionnements humains : notre tempérament et notre histoire. Nous ne pouvons pas tout mais nous pouvons donner sens et visage à ce qui ne serait qu’un destin. Dans cet effort de création personnelle en réponse à l’appel de Dieu, l’Esprit nous rejoint, non comme une force extérieure qui s’imposerait à nous, mais comme une énergie intérieure suscitée en nous par l’accueil de la parole de Dieu et la participation à la vie de l’Eglise.

L’Evangile ne nous dictera pas le choix, mais il ouvrira à notre désir des horizons : " Il a été dit ...moi je vous dis…cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice (Mt 5,26-6, 33). Là où je suis, je veux que vous soyez aussi... La volonté de mon Père c’est que vous portiez fruit et un fruit qui demeure ". (Jn 14, 3-15, 16). L’Evangile ne nous dira pas ce qu’il faut faire, mais il nous appellera en toutes choses à la perfection de la charité : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait...aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés...celui qui ne pardonne pas à son frère de tout son cœur..." (Mt 5,48 ; Jn 15,12; Mt 18,35).

L’Eglise pourra, elle aussi, nous adresser des appels...aux ministères, à la vie consacrée, à telle ou telle forme de service, mais quelles que soient ses nécessités, elle n’engagera jamais quelqu’un dans une voie particulière sans s’assurer de son libre consentement. Pour nous aider dans notre réponse, elle nous relie à une foule immense de témoins où elle nous apprend à reconnaître des frères. Leurs vies, leurs choix sont là, devant nous, comme autant d’appels non à les imiter, mais à les suivre. François d’Assise, Ignace, Thérèse... sont uniques et inimitables, mais leurs vies sont pour nous autant d’invitations à inventer à notre tour la réponse qui viendra glorifier Dieu. Et si nous nous efforçons de retrouver ce qu’ils ont vécu, nous verrons qu’il n’y a rien de moins prévisible et programmé que leur vie.

Ils ont cherché la volonté de Dieu de tout leur cœur, ils ont eu une conscience très vive d’avoir été prévenus, devancés, par l’amour de Dieu, un amour qu’ils n’en finissaient pas de reconnaître dans l’action de grâce. Dans leur choix, ils ont tâtonné, hésité, parfois douté pour finalement se confier à l’Esprit qui les guidait vers le Royaume. Des événements les plus divers, ils ont su faire des grâces, glorifiant Dieu dans l’épreuve, comme dans le succès. La continuité, la cohérence que nous admirons dans leur vie ne se sont souvent révélées qu’après coup, lorsqu’on a pu embrasser d’un seul regard un cheminement bien tâtonnant. Que l’on pense par exemple aux choix successifs qui ont marqué l’itinéraire spirituel de Charles de Foucauld. Beaucoup plus qu’une programmation rigoureuse, ce qui caractérise la vie des saints, c’est la qualité d’une réaction spirituelle aux événements quels qu’ils soient, fussent-ils les plus inattendus.

On n’a pas toujours bien compris la phrase de Pascal : "Les événements sont des maîtres que Dieu nous donne pour nous aider à le servir". Ne lui faisons pas dire plus qu’elle ne veut dire. Les événements ne sont pas un cadre où Dieu nous enferme; ce ne sont pas les événements qui font le saint. Ils sont le matériau qui nous est donné pour construire notre réponse. La réponse portera la marque du matériau utilisé, mais plus encore celle de l’architecte que nous sommes et qui en a la responsabilité. On ne peut pas tout faire avec tout, mais on peut toujours faire une œuvre d’une vie. L’amour peut faire jaillir la sainteté dans les pires contextes humains : le témoignage de ceux qui ont consacré leur vie à l’amitié des marginaux, des déshérités, des exclus ne cesse de nous le rappeler.

Nous nous demandons si l’on peut parler d’une volonté particulière de Dieu sur chacun de nous. L’Eglise en nous faisant vivre la communion des saints nous rappelle qu’il serait plus exact de parler d’une réponse personnelle de chacun de nous au désir de Dieu.

Pour le dialogue de deux libertés

L’amour de Dieu nous précède ; nous ne finissons jamais d’en prendre conscience et d’en rendre grâce. Mais comme nous le rappelle saint Paul cet amour "s’est anéanti lui-même" (Ph. 2,7) devant notre propre liberté, ayant pris pour nous éternellement la figure du Serviteur. C’est dire qu’en nous appelant à la communion Dieu n’a d’autre désir que de consacrer notre liberté, de lui offrir un horizon qui la dilate elle-même jusqu’à l’infini : "Demeurez en moi comme moi en vous. Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète" (Jn 15, 4, 11). Si Dieu a bien un désir sur nous, c’est d’abord celui de nous voir porter du fruit : "Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure" (Jn 15,16). On ne peut mieux souligner à la fois l’antériorité du désir de Dieu et son vœu profond : nous voir assumer pleinement notre liberté. Comme l’amour suscite l’amour, la liberté éveille la liberté : celle de Dieu éveille celle de l’homme.

Aussi pour apprécier la qualité spirituelle de ma réponse à Dieu, faut-il encore la relire du point de vue de ma propre liberté. Est-elle fruit de ma liberté profonde, est-elle une vie qui s’assume réellement elle-même ? Je reconnaîtrais que ma décision rejoint la volonté de Dieu, si je peux dire qu’elle me rend plus libre, c’est-à-dire si elle introduit dans ma vie cohérence et sens, si elle unifie mon passé en lui ouvrant un avenir. Nous touchons là à une des caractéristiques les plus profondes d’une décision spirituelle. Elle va unifier ce qui n’était encore dans mon passé que touches successives. Elle va tisser dans ma mémoire des liens que je n’avais pas encore perçus, introduire dans le discontinu apparent de mes grâces et de mes faiblesses une continuité nouvelle. Et en même temps, elle m’ouvre un avenir, le passé ainsi réunifié fait apparaitre des possibilités neuves. Ce qui aurait paru impossible ou insensé devient naturel. Quand, à son retour de Jérusalem, Ignace de Loyola prend la décision d’aller à l’école, ce choix unifie tout un passé de grâces autour d’une motion spirituelle reconnue comme fondamentale : le désir d’aider les âmes. Il ouvre en même temps un avenir, qu’Ignace ne perçoit pas encore, mais qui va s’inscrire dans la logique de ce choix : la fondation de la Compagnie.

Il pourra dire en vérité que cette fondation est tout entière œuvre de Dieu dont l’amour l’a précédé et guidé à toutes les étapes de sa vie. Nous pouvons dire, nous, que c’est l’œuvre d’Ignace, de sa générosité, de sa fidélité, de sa lucidité : elle porte la marque de sa liberté. Faut-il alors parler d’une volonté de Dieu ? Nous sentons bien que toute alternative de ce type laisse de côté la vérité profonde : celle d’une rencontre, d’une communion de deux libertés qui se retrouvent dans une œuvre commune.

Pour le bien de tout le corps

Parler de volonté particulière de Dieu sur chacun de nous demande une précision. Dans la Bible toute vocation est individualisée : des hommes, un peuple. Mais saint Paul nous rappellera que toute grâce est donnée pour le bien de tout le corps. Si l’on veut évoquer les grandes étapes de l’histoire du salut : ce sont des noms que l’on va voir apparaître : Abraham, Moïse, David, les Prophètes, Jésus. Des noms propres avec leur destinée bien particulière, mais aucun d’eux ne peut se comprendre sans référence à sa place dans l’histoire commune. Il n’y a de saints que dans la communion des saints, dans le cheminement du peuple de Dieu vers le Royaume. Aussi discerner la volonté de Dieu sur ma vie, est-ce toujours m’interroger sur ma place dans le Corps du Christ. Non pas celle qui me serait assignée, mais celle que je peux, que je désire prendre. Quel membre serai-je pour le bien de tout le Corps ? Là encore la réponse m’appartient et Dieu l’attend de moi, généreuse et neuve, pour se réjouir de ma solidarité, comme Il s’est réjoui de ma liberté.

Sommes-nous sujets d’une volonté particulière de Dieu ?

Nous avons à discerner dans nos vies les appels de Dieu, et il serait insensé de dire qu’il n’y en a pas. Dieu ne cesse de nous créer par sa Parole, nous n’existons que dans cette Parole qui nous appelle aujourd’hui à la vie. A nous de reconnaître les paroles multiples qui traduisent cette Parole créatrice, comme un enfant devient attentif aux mots qui l’appelle à sortir de lui-même. C’est souvent en tentant de relire notre vie sous le regard de Dieu, en faisant mémoire de son amour et de sa fidélité pour nous, que nous deviendrons sensibles aux appels qu’Il nous adresse. Plus qu’une volonté précise, exprimée en règle de vie, ces appels nous diront le désir de Dieu, son attente et son espérance : nous voir inventer peu à peu notre réponse. Nous pourrons donc accueillir sans angoisse les hésitations, les échecs et les ambiguïtés de nos choix. Comme le disait Emmanuel Mounier : "Dieu est assez grand pour faire de nos erreurs même, une vocation".

Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, Dieu attend que nous y édifions la nôtre et Il est avec nous au travail.

 

Paru dans Christus N°153 Hors-Série sur l’accompagnement spirituel

 

15 Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. 
16 Ce que je te commande aujourd’hui, c’est d’aimer le Seigneur ton Dieu, de marcher dans ses chemins, de garder ses commandements, ses décrets et ses ordonnances. Alors, tu vivras et te multiplieras ; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession.
17 Mais si tu détournes ton cœur, si tu n’obéis pas, si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir,
18 je vous le déclare aujourd’hui : certainement vous périrez, vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre dont vous allez prendre possession quand vous aurez passé le Jourdain.
19 Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance,
20 en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c’est là que se trouve ta vie, une longue vie sur la terre que le Seigneur a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob.
Dt 30, 15-20 - "Choisis la Vie" - Traduction liturgique - AELF
15 Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. 
16 Ce que je te commande aujourd’hui, c’est d’aimer le Seigneur ton Dieu, de marcher dans ses chemins, de garder ses commandements, ses décrets et ses ordonnances. Alors, tu vivras et te multiplieras ; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession.
17 Mais si tu détournes ton cœur, si tu n’obéis pas, si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir,
18 je vous le déclare aujourd’hui : certainement vous périrez, vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre dont vous allez prendre possession quand vous aurez passé le Jourdain.
19 Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance,
20 en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c’est là que se trouve ta vie, une longue vie sur la terre que le Seigneur a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob.

L'acte de choisir - John C. Haughey sj

En dépit de toutes les apparences contraires, on ne devient pas une personne en grandissant physiquement, en s'étendant dans l’espace, en s’approfondissant par la réflexion. On devient soi-même avant tout en choisissant. C'est essentiellement dans 1’acte de choisir que l'esprit humain s'affirme et s'incarne. Nos choix expriment la conscience que nous avons de nous-mêmes et en même temps rendent possible cette prise de conscience. En revanche, ceux qui ne choisissent pas, ou choisissent à moitié, connaissent la condition immature de gens qui se contentent de suivre la musique qu'on leur joue. Ils dansent si quelqu'un leur joue de la flûte et pleurent si quelqu'un d'autre décide qu'un chant de deuil est maintenant de circonstance.

Qui n'est pas vraiment apte à se décider soi-même ne tardera pas à s'apercevoir que son milieu, sa famille, ses propres goûts ou tout autre facteur extérieur à lui, usurpent la fonction que son propre esprit devrait assumer. Des hommes ont lutté pendant des siècles contre l'esclavage, fermement convaincus que cette forme de contrainte imposée était un mal ; or, à l'époque actuelle, quelle ironie !, nombre de personnes qui pourraient faire autrement consentent à se soumettre à l'esclavage volontaire de l'indécision.