Logo Isèreanybody? - Propositions de l'Eglise catholique pour les jeunes en Isère

            Quelqu’un me disait, récemment, qu’à cause de son manque de connaissance biblique, les lectures de la messe lui étaient pénibles. On le comprend assez bien pour l’Ancien Testament ; mais cela vaut aussi pour le Nouveau. Avec le risque de transformer l’Évangile en recueil de bons sentiments, et la crèche en pouponnière ! La grande crèche qui se dresse dans notre basilique, ce soir, dit précisément autre chose…

 

            Quand saint Matthieu raconte la « genèse de Jésus Christ », il s’adresse à des lecteurs qui connaissent les Écritures. Les premiers mots résonnent dans leur mémoire, comme les premières notes de musique font effet sur une piste de danse. Derrière la parenté de Jésus, telle que l’évangéliste la rapporte, on peut voir la parenté d’Isaac. Abraham, dans le livre de la Genèse, n’a pas d’enfant de sa femme, Sarah, alors qu’une grande promesse lui est faite : une descendance nombreuse. Comme pour Isaac, la venue de Jésus sera le signe d’une volonté manifeste de Dieu en faveur de son peuple. Cette attention de Dieu va pourtant être mise à l’épreuve : comme Isaac, Jésus sera conduit au sacrifice de sa vie, l’accomplissant pleinement. En englobant L’AUTEL et, à l’arrière-plan, la croix, notre crèche signifie cette continuité : le don de Dieu est toujours mis à l’épreuve de notre confiance, de notre patience.

 

 

            Saint Matthieu, du reste, ne s’en tient pas à suggérer cette continuité entre Isaac et Jésus. Il reprend également Isaïe pour appliquer sa prophétie à l’enfant de Bethléem. Le prophète se tournait alors vers le roi Acaz dont le royaume, Juda, était assiégé par des ennemis ; or, au lieu de s’en remettre à Dieu, le roi avait fait appel à une puissance étrangère, dont il deviendra l’esclave. En attribuant à Jésus la parole d’Isaïe, Matthieu indique que l’enfant de la crèche est signe de la supériorité de Dieu par rapport à toute autre puissance. Si L’AMBON, le lieu de la Parole, est également situé dans cette grande crèche, c’est pour signifier la valeur fondamentale de la Parole de Dieu pour notre vie. Noël n’est pas l’histoire sympathique de la naissance du petit Jésus… C’est l’invitation à nous faire petits pour accueillir la seule puissance qui peut nous libérer en profondeur des oppositions qui nous entravent.

 

 

            Que célébrons-nous donc dans quelques jours ? Une seule chose : la venue, le don de Dieu dans l’histoire, dans notre histoire. Dans l’enfant de la crèche, Dieu se donne pour nous engager sur un chemin de vie, de lumière. Sur ce chemin, comme dans notre grande crèche, les difficultés, les renoncements ne sont pas absents. D’où la présence de l’autel : pas à pas, nous apprenons à nous libérer de ce qui nous empêche d’être vraiment disponibles pour la Parole de Dieu ; d’où, également, la présence de l’ambon sous cette crèche. Célébrant ainsi Noël, nous assumerons plus librement notre rôle dans le monde : celui du service, auquel Saint Paul fait allusion quand il écrit aux Romains : « vous êtes appelés à être saint ». Pour cette raison, nous avons également placé sous la crèche LE SIEGE de la présidence : il est l’image du service que tout chrétien est appelé à rendre dans le monde.

 

            Le manque de familiarité avec l’Écriture peut effectivement rendre les lectures de la messe rébarbatives. Mais, si le son est dur à capter, retenons au moins l’image : près de la crèche, signe du don de Dieu, se dresse l’autel. Il indique que nous aurons toujours à nous laisser libérer de nos peurs, de nos enfermements, pour que la Parole, valorisée par l’ambon, soit notre véritable appui. Alors nous pourrons apporter le service particulier que nous pouvons rendre : témoigner de l’espérance et de la vraie joie de Noël !

Amen.

4ème dimanche de l’Avent
P. Emmanuel Decaux