La puissance de la Parole

Homélie du 4 dimanche du temps ordinaire - P. Charles Bonin

 

Depuis Moïse le peuple attendait un prophète qui serait comme lui médiateur avec Dieu. Un Prophète c’est le porte-parole de Dieu, celui qui transmet sa volonté pour conduire le peuple à travers le désert vers le repos de la terre promise. En ce sens, Jésus est prophète et plus qu’un prophète puisqu’il est lui-même la parole, le Verbe de Dieu. L’exorcisme spectaculaire de l’Evangile nous révèle l’efficacité de cette parole pour nous arracher aux ténèbres du péché et de la mort et nous ouvrir à la vie éternelle. Jésus accomplit ainsi l’espérance d’Israël, il est Dieu-sauveur au milieu de nous : parole libératrice, parole performative, parole d’autorité, parole de sagesse qui nous éclaire, parole créatrice et restauratrice, parole de vie et de consolation, parole d’Amour et de paix toute puissante. Cette parole, nous l’entendons en chaque Eucharistie, à chaque sacrement mais l’avons-nous reçue au fond du cœur pour en recueillir tous ces fruits ?

 

Cet exorcisme, il est pour nous. Qui en effet n’est jamais tenté, c’est-à-dire tourmenté d’esprits mauvais, d’orgueil, de convoitise, d’envie, de colère, d’impureté, de gourmandise, de paresse?... Ces 7 péchés capitaux à la source de tous les vices font une guerre perpétuelle à l’âme désireuse de pureté d’unité et de paix. Cela Dieu nous l’offre par cette parole d’autorité. Alors, comme nous l’avons chanté dans le Ps : Ne fermons pas notre cœur, écoutons la voix du Seigneur. Et que nous dit cette voix : Silence ! Sors de cet homme !

Dieu fait taire en nous la voix de l’esprit mauvais. Dans le sacrement de la réconciliation, par la bouche du prêtre, Dieu nous libère de nos entraves pour nous rendre à notre dignité d’être à l’image de Dieu. Consentons seulement à nous laisser secouer par cette parole de vérité en reconnaissant nos fautes et en y renonçant fermement pour nous relier à Dieu. C’est si simple, si puissant et si beau : osons retrouver avec humilité ce chemin habituel de la miséricorde. Familiarisons-nous avec cette parole de Dieu en fréquentant souvent les saintes écritures. Alors, comme cet homme de l’évangile rendu à lui-même et aux siens nous serons les témoins joyeux de la liberté des enfants de Dieu, médiateurs de cette bonne nouvelle. Prophètes porteurs du Verbe de Dieu au cœur du monde, nous sommes les destinataires de cette parole puissante de l’Amour de Dieu et nous avons tous la responsabilité de lui faire porter du fruit.

 

Mais, parmi vous, il y en a que Dieu a plus spécialement choisi pour être au service de cette parole. A tous ceux qui ne sont pas encore engagés, il dit encore, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur. N’ayez pas peur de vous ouvrir à cette liberté d’aimer. On ne reçoit pas une vocation comme on attrape la Grippe ou la Scarlatine, il n’y a pas à craindre que ça nous tombe dessus comme une fatalité, c’est une invitation joyeuse à aimer plus largement. Dieu ne vient pas vous piéger, il veut vous proposer ce qui est bien dit St Paul. A vous qui sentez le bel attrait de la vie religieuse mais le redoutez demandez vous seulement s’il y a quelque chose au monde qui vaille plus que de vivre pour cette parole ? Avez-vous mieux à faire que de louer le Seigneur, d’intercéder auprès de lui pour vos frères et sœurs comme Moïse, de l’annoncer et de le servir dans ses pauvres? A vous que le Christ en Croix appelle au sacerdoce, avez-vous une plus grande œuvre à accomplir que de le donner au monde en son corps et en son sang en redisant les paroles de la dernière Cène : ceci est mon corps – ceci est mon sang? Avez-vous une parole plus puissante à prononcer que de dire par son autorité : Je te pardonne tous tes péchés au nom du Père et du Fils et de St Esprit ?

 

Chers frères et sœurs, nous sommes tous par notre baptême prêtres et prophètes de cette parole d’autorité, de vie et de vérité. Vivons de cette parole par la lecture de l’Ecriture Sainte, dans la confession comme dans tous les sacrements et dans la réponse généreuse à une vocation particulière. Dans le silence, laissons résonner la voix du Seigneur, ne lui fermons pas notre cœur. Le maître est là, il t’appelle…. Que lui répondras-tu aujourd’hui ?