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Homélie du dimanche 4 septembre 2011, 23

Messe célébrée à Grenoble, église saint Joseph, par le Père Patrick Gaso.

Évangile selon saint Matthieu 18, 15-20. Livre d’Ezéchiel 33, 7-9. Psaume 94.

Lettre de saint Paul aux Romains 13, 8-10.

C’est un sujet difficile et délicat dont il est question ce soir !

Que nous soyons ici, dans cette église saint Joseph, ou hommes et femmes dans le monde, que nous

soyons chrétiens ou d’une autre confession, que nous soyons peut-être même non croyants ou en

recherche, ce sujet nous touche et nous bouleverse !

Il m’arrive souvent (comme vous aussi sans doute) d’entendre dire : « Mon père, si vous saviez

comme je souffre… comme j’ai souffert… à cause de ceci, à cause de celui-là… et puis… si vous saviez

tout ce qu’untel dit de moi ! Pourtant, cela n’est pas vrai… cela n’est pas juste… Mon père, je suis

meurtri et j’ai mal.“

Parfois, ce mal est volontaire, et c’est grave, très grave car l’homme montre la perversité dont il est

capable ! Mais il arrive souvent qu’il ne le soit pas : l’indifférence, la bêtise humaine, ou simplement la

maladresse nous conduisent à commettre le mal que je n’aurais pas souhaité faire… En disant cela,

j’emprunte les paroles de saint Paul lorsqu’il dit :

le bien que je souhaiterais faire.“

e dimanche du temps ordinaire, année A.“Je fais le mal que je ne voudrais pas et je ne fais pas

J’aime reprendre aussi la belle expression de saint François de Sales qui nous dit dans le langage

fleuri de l’époque :

moderne ce que cela signifie…

Alors, les questions surgissent :

« Là où il y a de l’homme, il y a de“ l’hommerie“. » Je vous laisse traduire en langage

groupe !)

Comment réagir quand je suis touché par un mal ? (Cela peut être personnel ou contre un

entre nous est cassée ?

Quelle attitude trouver vis-à-vis d’une personne qui nous a blessés au point que la relation

Que faire de ce lien meurtri quand l’autre appartient à ma famille ?

de me faire ?… et il reste indifférent.

Que faire si cet autre n’a même pas vu, n’a même pas remarqué tout le mal qu’il est en train

Que faire ?

Faut-il subir ?

Faut-il se taire ?

Trois remarques rapides :

- Première remarque : l’expérience me montre combien le mal subit, celui dont on ne parle pas…

que l’on étouffe… devient comme un poison intérieur, qui ronge… ronge mes forces vives, jusqu’à

transformer ma vie en un calvaire de désespérance, de mort, de haine de la vie ! Cette amertume, cette

rancoeur, va (pardon de le dire d’une façon si brutale) jusqu’à “pourrir la vie“, la mienne et celle de ceux

qui m’entourent.

- La deuxième remarque est une réaction possible : riposter ! Me venger ! Me venger de l’auteur du

mal qui m’a blessé ! Le traiter comme un ennemi ! Lui faire payer “oeil pour oeil, dent pour dent“, et c’est

la loi du Talion.

- Troisième remarque : c’est une solution que beaucoup d’entre nous choisissent. Elle consiste à

parler à des tiers. Peut-être avons-nous fait l’expérience d’en discuter avec notre voisin, notre voisine…

pssch… pssch…pssch… vous connaissez ? … ou alors avec son collègue de bureau, ou avec son ou sa

meilleure ami(e)… Des palabres qui n’en finissent pas, pour se plaindre, pour accuser celui qui nous a

offensé… Là encore, nous nous enfonçons dans une impasse, nous nous cognons à un mur de mutisme,

des regards réprobateurs blessant à notre tour… qui feront de l’auteur du mal, un exclu sans même qu’il

puisse savoir pourquoi !

En disant cela, vous comprenez bien que je ne vise personne, mais remarquez qu’aucune des trois

pistes évoquées n’a été retenues par l’évangéliste Matthieu.

Que dit-il ?

frère a commis un péché, va le trouver ! Va le rencontrer !

Essayons de comprendre, en reprenant les textes de ce jour, pour prévenir et surtout guérir !

Bien sur, ces textes s’inscrivent dans la communauté de croyants autour du Christ, mais plus

largement aussi pour tout homme vivant au sein d’une communauté, et cela en commençant dans nos

familles, premières communautés de base.

Le prophète Ézéchiel nous parlait, dans la première lecture du

veille, celui qui est aux aguets, celui qui est attentif au moindre danger. La collectivité, l’ensemble de

ceux qui sont avec lui, compte sur lui ! Plus encore, il est

s’il devient négligent, ses compagnons seront en danger !

L’Évangile nous dit que le danger peut venir aussi de l’intérieur. Ne pensez pas que Jésus soit un

idéaliste ! En bâtissant son Église comme une fraternité, Jésus n’est pas dupe ! Il ne se fait pas

d’illusions ! Il connaît bien notre humanité… Il sait l’indifférence, Il sait nos dissensions, Il connaît nos

misères et nos mesquineries, Il connaît les trahisons humaines et nos lâchetés ! Cela, nous le découvrons

dans toute communauté, familiale et autres…

Ici, l’évangile de Matthieu nous donne une marche à suivre pour “reprendre“ son frère qui pèche. Il

propose

- La première, c’est l’avertissement en tête à tête, en amitié, même si elle a été blessée : avoir le

courage d’aller voir le frère avec lequel la relation est meurtrie. Cela, pour ne pas perdre la face, pour

rester en contact avec l’autre !

- Mais si cela n’aboutit pas, il y a une deuxième solution : faire appel à d’autres frères, à d’autres

médiateurs pour éviter un jugement peut-être trop subjectif. Combien de fois il peut arriver, dans des

couples, dans un “face à face“ parfois homicide, de rester bloqué dans certaines difficultés. Seule une

personne tiers, un conseiller conjugal, un ami sincère pourra débloquer cette situation.

- En dernier recours, et cela devient presque dramatique : le jugement de la communauté, en

constatant : « Voilà, moi je n’y peux plus rien, qu’est-ce qu’on peut

Il ne s’agit pas ici d’être des redresseurs de torts, des “Zorro“, toujours prêts à faire la leçon aux

autres ou à pratiquer la délation ; surtout pas !!! En réalité, la base de toutes nos démarches devrait être

portée par le désir d’un don plus grand que soi, un don de soi, un “par-don“ : un désir de miséricorde dont

nous parle l’évangéliste.

“Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute“ Si ton“guetteur“, c’est-à-dire de celui quiresponsable de la vie des autres : s’il s’endort,trois instances :faire, ensemble ? »

Tout, tout doit être tenté pour maintenir dans la communion fraternelle, celui qui est sur le point

de s’en exclure lui-même !

Ce ne sera jamais facile ! … toujours difficile ! L’attention, comme la correction fraternelle exigent

de grandes qualités : celle du

tant du côté de celui qui fait la démarche que de celui qui le reçoit,

compréhension de l’autre

courage, celle de la délicatesse. En même temps, il faut, de part et d’autre,une véritable humilité et de.

Cela ne se conçoit pas, ne s’envisage pas autrement que dans un

fragilisé

parfait de la Loi, c’est l’amour. “

climat d’amour, même s’il a été. C’est ce que nous redit Paul dans la conclusion de la lettre aux Romains : “L’accomplissement

Hélas, si le frère s’endurcit, s’il refuse d’écouter, (et cela sera toujours sa liberté), il ne me reste

plus qu’à le confier à la

égarée. Mais cela ne nous décharge pas de l’aimer puisque nous devons aimer jusqu’à nos ennemis, nous

rappelle Jésus dans ce même évangile.

miséricorde de Dieu Lui-même, et Lui fera l’impossible pour ramener la brebis

Alors, faut-il désespérer de nous-mêmes ?

Surtout pas !!!

Le “pauvre prêtre“ qui vous parle a été témoin, à plusieurs reprises, de réconciliations qui

paraissaient impossibles !… Et puis, j’ai vu deux êtres : deux frères, des époux, des amis se rapprocher

après de longues années de brouille, de discorde, de mutisme. Pour cela, je vous invite à une grande

confiance ; Rien n’est impossible à Dieu !

Il faut toujours croire à

Plutôt que de critiquer les autres, prions pour eux, et que les autres prient pour moi, qu’ils prient pour

nous !

Dans nos familles, dans la communauté que nous formons ce soir dans cette église, par l’eucharistie

célébrée, par la prière de chacun comme nous l’avons fait au début de cette célébration, l’unité s’en

trouvera renforcée. Si, même au milieu d’un conflit, deux ou trois frères sont réunis au nom de Jésus :

IL EST LÀ, PRÉSENT AU MILIEU DE NOUS !

Faut-il désespérer quand nous ne voyons pas le succès de nos efforts de réconciliation ?l’efficacité de la prière, même inobservable par nos moyens humains !

Que ce soit en couples, que ce soit en famille, que ce soit en Église, notre prière, si elle est juste,

est et sera toujours créatrice d’unité et porteuse de la présence du Christ.

Frères et soeurs, demandons cela pour nous ce soir !

Quand nous nous approcherons de l’Eucharistie,

puissions-nous demander pour chacun d’entre nous, la paix en son coeur

et le courage, la force de pouvoir la donner et la recevoir !

AINSI SOIT-IL !

 

Prédicateur :
P. Patrick Royer