Logo Isèreanybody? - Propositions de l'Eglise catholique pour les jeunes en Isère
×

Avertissement

JUser::_load : impossible de charger l'utilisateur ayant l'ID 422

Noël 2011 à St Jo

 

Noël d'adultes

ou Pâques à Noël

 

Bon, c'est l'avantage de la messe très tard, on est entre grands...

on va pouvoir parler de choses sérieuses.

Par ce que Noël, en fait, c'est sérieux; et c'est pas pour les enfants....

On nous fait croire que Noël c'est magique, que Noël est une fête formidable.

Parfois je me demande si ça n'est pas un peu pervers que les adultes fassent avaler à leurs progénitures autant de mièvreries sur le père-noël.... et puis cette avalanche de cadeaux, de nourriture exquise à s'en rendre malade, de vins succulents qui montent à la tête me font parfois penser à une gigantesque mascarade: que veut-on se cacher à s'en mettre autant dans la gosier? Quel vide veut-on combler?

Noël a son côté terrible; « le Père Noël est une ordure », nous le savons. Cette obligation de bonheur , de merveilleux cache si bien la détresse de nos existences.

Ce soir, vous êtes peut-être nombreux à être joyeux de vous retrouver avec ceux que vous aimez... ou pas.

Mais ce soir, avec quelques uns -une centaine quand-même! - on passe Noël avec notre autre famille: celle de ceux qui n'ont pas ou plus de famille, celle de ceux dont la famille est loin, celle de ceux qui n'ont pas envie de voir leur famille, celle de ceux qui sont dans la rue. C'est notre autre famille; pas la vraie, de sang, celle provisoire que l'on forme ce soir; pas la vraie, mais quand-même une vraie.

Mais c'est quoi la vérité de Noël?

Je ne veux pas ce soir pourrir l'ambiance et critiquer ce qui est beau dans Noël, ou vous faire culpabiliser d'être heureux. D'ailleurs si on a fait une belle fête pour ceux qui n'en auraient pas eu sinon, c'est bien qu'on trouve que ça vaut le coup, que Noël soit beau!

Et moi aussi d'ailleurs, je me réjouis aussi profondément de retrouver les miens comme chaque année, chez mes parents... un peu plus tard depuis que je suis prêtre.

Mais depuis que je suis prêtre, Noël, c'est quand-même autre chose! Est-ce que c'est que pour les prêtres cet autre chose de Noël? En tout cas, moi je ne suis pas prêtre pour que Noël soit un truc de curés.

Mais il y a un côté dramatique de Noël, et le gommer, c'est grave.

L'injonction à la joie, au bonheur et à la félicité est d'une certaine manière immorale, et pas chrétienne. C'est pas chrétien, par ce que la venue du fils de Dieu se fait dans la modestie, dans le silence, dans une mangeoire – un nom biblique pour dire un genre de squat pourri – et dans l'exclusion; le fils de Dieu va d'ailleurs très vite être poursuivi , si bien qu'il choisira l'exil, en Egypte.

L'injonction à la joie, elle se heurte à nos tristesses, à nos détresses, à nos deuils. La mort, les séparations douloureuses nous hantent, même quand c'est Noël!

Il y a une semaine exactement, j'enterrai un de mes grands amis, pas un jeune, un ami de 69 ans, qui avec sa femme, étaient quasiment des parents adoptifs pour moi. Alors pour moi cette année, Noël a un goût amer, et d'une certaine façon, je me sens solidaire de tous ceux qui pour une raison ou une autre, souffrent.

Et comme elle est grande la détresse humaine.

C'est pour ça que j'ai mis une croix cette année dans la crèche.

Car le fils de Dieu n'est pas venu dans le monde pour un parcours de santé; il est venu par ce que c'est la merde, par ce que la mort et le mal nous pourrissent la vie.

Oui c'est un enfant que nous fêtons! Mais pas un enfant de catalogue de papier glacé, qui émeut la nostalgie de l'innocence perdue des adultes.

C'est un nourisson, à peine plus qu'un embryon, un être vulnérable, en danger, c'est un être dépendant , fragile, à peine viable. Où est-elle la gloire de Dieu que l'on vient de chanter?

Elle est dans la mort de ce même enfant, quelques années plus tard, elle est dans le signe effroyable de l'échec de la vie humaine – la mort innocente d'un supplicié .

La gloire de Dieu, ça n'est pas d'être le superman de ce qui est raté dans nos vies; la gloire de Dieu c'est qu'il vienne pour vivre une hallucinante descente vers nous. Pour tracer la route, ouvrir un passage entre le ciel et la terre, pour qu'il soit – enfin- possible que nous prenions ce chemin qui va vers lui. Non pas en effaçant nos souffrances, mais en les transfigurant.

C'est son propre chemin à lui, le fils de Dieu, avant que ça puisse être le nôtre.

Car dans l'enfant de la crèche, nous avons à reconnaître le futur crucifié, et l'actuel ressuscité.

En fait ce soir, c'est déjà Pâques que nous fêtons, sinon, Noël est un mythe, à peu près aussi ridicule que le Père Noël, et du coup, ça n'est pas étonnant que personne n'y croie plus....

alors ce soir, en partageant le pain du fils de Dieu, en buvant à sa coupe, nous vivons à la fois Noël et Pâques.

Oui ,c'est Noël, et nous devenons nous-même chacun une mangeoire pour Dieu, nous sommes chacun une crèche, où il vient , Dieu lui-même.

Oui, c'est Pâques, car nous sommes unis par Dieu lui-même à une étonnante aventure: celle de la profonde et réelle -bien que un peu lente- transformation de nos existences. Unis à Lui, nos vies même blessés, même traumatisées peuvent être transfigurées par l'amour, quand bien même, ou plutôt d'autant plus que nous sommes des blessés d'amour.

Alors, oui si c'est ça Noël, alors on peut le fêter, car c'est une formidable espérance;

alors oui, on peut s'en réjouir, par ce que ça concerne en fait la multitude des hommes et des femmes de la terre, car tous, et pas seulement certains, ils ont besoin d'être sauvés, sauvés d'une fuite en avant qui est un symptôme dépressif de vide sidéral.

Reconnaissons frères et soeurs la béance du vide sidéral qui est en nous; c'est la 1ère étape vers la joie profonde.

Amen.

Prédicateur :

Père Loïc Lagadec